Avertissement
Dès le début de notre enquête sur le camp de Drancy, une interrogation
s'est immédiatement posée : convenait-il de citer les noms des internés
qui ont partagé les responsabilités de la gestion du camp avec la police
française puis avec les SS ? A cette question, une réponse simple :
même si la situation était particulière, ces hommes avaient pris leur
décision en connaissance de cause. D'une façon ou d'une autre, ils étaient
devenus des hommes publics. De plus les noms des principaux « cadres
» juifs du camp apparaissent dans les archives et il nous aurait paru
anormal de les gommer pudiquement. Peut-on dire que certaines circonstances
façonnent les individus ? C'est souvent le cas en situation troublée.
Bien entendu, le terrain est toujours plus fertile chez ceux qui s'estiment
aptes à devenir les tuteurs de leurs contemporains. Cela se vérifie
aussi bien dans la vie de la Cité que dans l'univers carcéral constitué
par un camp de concentration. L'histoire de Drancy a surtout été écrite
par les rescapés eux-mêmes. De leur côté, les policiers et gendarmes
français, tout comme les SS, ont laissé suffisamment d'archives qui
recoupent parfaitement les différents récits. Il était indispensable
de rassembler le puzzle constitué par ces milliers d'informations disparates,
auxquelles s'ajoute l'abondante production de notes de service diverses
émanant de l'administration juive de Drancy. C'est grâce au Centre de
Documentation Juive Contemporaine (CDJC), qui a pu rassembler une très
riche documentation, que notre travail a été rendu possible. Nos remerciements
vont également aux anciens de Drancy qui ont bien voulu témoigner, partici-
pant ainsi à une entreprise qui ne fut pas toujours facile.

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4° de couverture
Drancy ne fut pas seulement, contrairement à une légende tenace,
un camp de transit dans lequel séjournèrent plus ou moins longtemps
des « déportables ».
Maurice Rajsfus a eu accès, après des années de recherches, à
des archives jusqu'alors inédites et il a recueilli les témoignages
de survivants. Il ressort de son livre que Drancy fut bel et bien
un camp de concentration très ordinaire à quelques kilomètres
de Paris.
Les révélations contenues dans cet ouvrage, quant à la gestion
au jour le jour de Drancy, soulèveront bien des polémiques car,
cinquante ans après l' ouverture du camp en 1941, il semble que
peu d'esprits soient disposés en France à admettre certaines vérités
gênantes pour la bonne conscience collective.
Ce livre arrache des masques encore douloureux. On comprend, en
le lisant, pourquoi, sans doute, il n 'y aura jamais de procès
Bousquet.
Maurice Rajsfus est l’auteur d'une dizaine
d’ouvrages dont « Des Juifs dans la collaboration » (EDI,
1980).

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