Introduction
L'histoire des Juifs est-elle une suite d'épreuves
et de malheurs ? L'esclavage en Egypte, la guerre d'Amalek, la destruction
du 1er Temple, puis celle du 2e Temple, les massacres
du temps des Croisades, les expulsions successives d'Angleterre, de France,
d'Espagne et du Portugal, puis tout près de nous, point culminant mais
ultime, la Shoah.
Pour certains, cette cascade de catastrophes est l'essentiel
de l'histoire des Juifs, Chacun des chapitres de cette histoire est le
récit d'une catastrophe.
D'autres préfèrent donner à ces chapitres des titres
choisis dans l'impressionnante liste des apports des Juifs au patrimoine
de l'humanité et des succès de leurs efforts de survie : l'invention de
la liberté incarnée par la sortie d'Égypte, la promotion des droits de
la personne et de la communauté dont la Bible hébraïque est la charte,
la survie à travers exils et persécutions, la création littéraire, philosophique,
juridique et sociale durant une histoire longue de trois mille ans et
enfin la renaissance juive après la Shoah.
Chacune de ces approches rend compte d'une réalité incontournable.
L'histoire des Juifs est faite de l'une et de l'autre de ces deux manières
de la présenter : les catastrophes subies d'une part le processus de création
et de survie d'autre part.
L'éventuelle préférence pour l'une de ces tendances
est une question de caractère et de mentalité. Ce genre de préférence
apporte un éclairage sur la personnalité de son auteur, mais n'ajoute
rien à la connaissance de l'histoire.
Peu d'historiens cependant échappent à l'expression,
consciente ou non, de leur préférence. Dans le cas de la période de la
Shoah, centrer le récit sur les phases successives de l'action des bourreaux
et de leurs complices, donc de uvre de destruction, c'est évidemment
voir dans la catastrophe l'essentiel. Mais ceux qui mettent au premier
plan création et survie focaliseront leur travail sur le vécu des victimes.
Les uns et les autres présentent les mêmes informations. C'est le point
de vue, au sens littéral du terme, qui les distingue.
Le présent livre expose ce qui s'est passé en France
de 1940 à 1944, vu à partir des réactions et des actions des victimes
désignées, les Juifs. Il raconte comment ceux-ci ont résisté et uvrépour
survivre.
Ce ne fut pas la même résistance que celle de l'ensemble
des Français qui ont lutté contre l'occupant et ses complices. Ce ne pouvait
être la même. Sans doute, pour l'une et l'autre, l'ennemi était identique.
Mais la mission que s'était assignée la Résistance était différente de
celle de la résistance juive. Car la première avait pris en charge la
liberté de la France et des Français, tandis que la seconde était aux
prises avec une machinerie diabolique de destruction totale. Diabolique
parce que ses inventeurs, les Allemands, en avaient si bien protégé le
secret qu'ils réussirent à faire actionner certains de ses rouages par
les victimes juives elles-mêmes : la police juive du ghetto par exemple,
et en général les juifs titulaires de fonctions dans les camps.
Non, les Juifs dans leur ensemble ne se rendaient pas
compte et n'imaginaient pas que les Allemands allaient tous les mettre
à mort. Ceci explique que la majorité des Juifs s'engageant dans la Résistance
l'aient fait comme les autres résistants en France, dans les réseaux clandestins,
puis dans les maquis FFI et FTP. Une petite minorité d'entre eux seulement,
doués d'une rare perspicacité, ont créé des mouvements juifs de résistance.
Seuls, ils ont mené un combat pour la survie. Un combat de nature autre
que militaire : il fallait assister les Juifs privés de moyens de subsistance,
les munir de faux papiers d'identité, leur trouver des abris sûrs, les
soutenir moralement et spirituellement, faire évader des internés et parfois
éliminer par les armes des dénonciateurs. Sans ce mode de résistance,
il n'y aurait pas eu de survie.
L'option des résistants des mouvements juifs ne les
a pas empêchés mais au contraire préparés à se joindre à la lutte militaire
de la Résistance lors de son offensive pour chasser les occupants du territoire
de la France.
Les créateurs de la résistance juive ont uvrépour
la survie avec le souci du devenir de cette survie. Ainsi ont-ils posé
les jalons du renouveau de la communauté juive en France.

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