Pourquoi ?
- Nous n'aurons pas de repos avant d'avoir détruit le christianisme.
(Himmler-1941)
(Conversation H.Himmler - E. Von WeizsBeker) (Mémoires E.Von WeizsBcker.
Londres 51).
- Le national-socialisme et le christianisme sont incompatibles.
(Bormann-1941) (Circulaire secrète adressée aux gauleiters allemands.
Procès de Nuremberg. Document D.75.)
- Nous ne pouvons plus tolérer les esprits obscurs, les bouffons,
les sorciers du ciel. (Heydrich-1941) (Nuremberg-D.159)
Les sorciers du ciel - Himmelzauberer – dont parle pour la première
fois, en 1941, un personnage officiel du Reich, ce sont les prêtres,
les religieux, les pasteurs.
Heydrich n'a pas inventé l'expression. . . Elle est certainement née
dans un camp de concentration. A Oranienburg, par exemple, elle était
employée dès 1937 avec des variantes, «traditionnelles» dans l'ensemble
de l'univers concentrationnaire: clown du ciel, chien du ciel, menteur
du ciel, M . . . du ciel, M . . . noire.

Les méthodes employées par Hitler et ses partisans pour « réduire » les Eglises
chrétiennes sont connues . Depuis 1934, un millier de livres ont été consacrés
à ce sujet. Il suffit de relire un passage de l'entrevue accordée par
Hitler à Hermann Rauschning pour être fixé sur les idées - haine implacable
et souplesse pratique - du Führer.
« Je vous jure (*) que si je voulais, je pourrais détruire l'Eglise
en quelques années ; elle est creuse pourrie, fausse, de bout en bout.
Un bon coup et toute la structure s'effondre. Nous prendrons les prêtres
au piège de leur avidité notoire et de la satisfaction d'eux-mêmes où
ils se complaisent. Nous arrangerons tout, sans que soient troublées la
paix et l'harmonie. Pourquoi se quereller? Je leur donne à tous un sursis
de quelques années. Ils avaleront tout pour conserver les avantages matériels.
Jamais n'arrivera l'heure de la décision finale. Ils reconnaîtront l'existence
d'une ferme volonté et nous aurons seulement besoin de leur montrer une
ou deux fois où est le maître. Ils sauront alors d'où le vent souffle.
Ils ne sont pas idiots. L'Eglise a été quelque chose de vraiment très
grand. Nous sommes ses héritiers. Nous sommes l'Eglise. Son heure à elle
est terminée. »
La prophétie du Grand Maître de l'Ordre Nouveau sera sérieusement ébranlée lorsque les Eglises d'Allemagne s'opposeront au programme d'euthanasie du régime.
Après avoir étudié ce douloureux problème et les expérimentations médicales dans les camps de concentration (Les Médecins Maudits), après avoir publié un dossier sur l'action, dans ces mêmes camps, des médecins déportés (Les Médecins de l'Impossible), il m'a semblé nécessaire de présenter un ouvrage consacré aux prêtres et religieux déportés.

Sur les sept mille « sorciers du ciel » de vingt-huit nations, enfermés dans les
camps, cinq mille disparaîtront dans les crématoires ou les fosses communes.
Les survivants, pour la plupart, devront leur salut à une intervention du Vatican qui permettra, dans le dernier trimestre de 1944, le rassemblement des ecclésiastiques à Dachau.
Certains, ayant caché leur qualité de prêtre refuseront ce transport vers
des « blocks dorés » ; d'autres, seront oubliés, volontairement ou involontairement.
Comme pour Les Médecins Maudits et Les Médecins de l'Impossible,
j'ai travaillé en journaliste, recherchant et retrouvant une centaine
de prêtres et religieux déportés, trois cents détenus ayant connu ou facilité
leurs activités clandestines dans différents camps ou Kommandos. Au cours
de cette enquête, j'ai reçu cinquante manuscrits inédits, rédigés spécialement
pour la réalisation de cet ouvrage. Je n'ai pas, pour autant, négligé
les récits déjà publiés dans des livres, des bulletins, des journaux d'amicales,
des comptes rendus de procès. Je me suis toujours effacé devant les «
acteurs ».
C'est à vous de tirer les conclusions de ce dossier. La déportation a profondément marqué les prêtres qui l'ont vécue et à travers eux toute l'Eglise. Là-bas, dans l'angoisse d'un chantier, d'une place d'appel, d'un block, beaucoup de curés, de vicaires, de séminaristes ont découvert des ouvriers, des communistes, un monde qu'ils soupçonnaient, mais qu'ils ignoraient. Là-bas, beaucoup sont sortis d'eux-mêmes.
Là-bas, peut-être, l'église du Concile est née. Là-bas, des hommes ont aimé à en mourir d'autres hommes.
C.B.
(*) Hitler parle. éditions « La Coopération », Paris, 1939.

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