Préface
Mes entretiens avec Franz Stangl, commandant
de Sobibor et de Treblinka, dont une version abrégée est parue à Londres
dans le Daily Telegraph Magazine d'octobre 1971 (puis dans d'autres
magazines du monde entier), forment la charpente de ce livre : son noyau.
Mais ils n'en constituent, en fait, qu'une petite partie.
L'idée de parler avec Stangl m'était venue à l'origine
en 1970 lorsque j'assistai à son procès en Allemagne (comme j'avais
assisté à d'autres procès de criminels de guerre nazis dans le cadre
de mon travail de journaliste). Je me rendis compte à cette occasion
que, quelle que pût être sa personnalité par ailleurs, contrairement
à beaucoup d'accusés que j'avais eu la possibilité d'observer, c'était
un individu d'une certaine intelligence.
Il a été le seul commandant d'un camp d'extermination
à comparaître dans un procès. Si étrange que cela paraisse, quatre hommes
seulement ont rempli ces fonctions : l'un d'eux est mort, deux autres
se sont arrangés pour disparaître. Je pressentais depuis plusieurs années
qu'en dépit de la masse de livres et de films consacrés à l'époque
nazie, il manquait encore à notre compréhension toute une dimension
de réactions et de comportements reliés profondément aux pressions et
aux dangers qui nous assiègent aujourd'hui et qui peuvent nous menacer
dans l'avenir. Films consacrés à l'époque nazie, il manquait encore
à notre compréhension toute une dimension de réactions et de comportements
reliés profondément aux pressions et aux dangers qui nous assiègent
aujourd'hui et qui peuvent nous menacer dans l'avenir.
J'estimais donc essentiel de tenter une fois au moins,
avant qu'il ne soit trop tard, et dans des dispositions aussi dépassionnées
que possible, et avec un esprit ouvert, de pénétrer la personnalité
d'un homme qui s'était trouvé impliqué si étroitement dans l'accomplissement
du mal le plus total qu'ai produit notre époque. Il importait, pensai-je,
de repérer avant qu'il soit trop tard, les circonstances qui avaient
présidé à cette implication de son point de vue à lui et non du nôtre.
C'était une chance, me disais-je, aussi, de pouvoir évaluer, en étudiant
ses motivations et ses réactions telles qu'il les décrirait plutôt que
telles que nous les souhaitions ou en préjugions, si le mal est le fruit
des circonstances ou celui d'une nature innée, et dans quelle mesure
il émane de l'individu lui-même ou de son environnement.
Stangl se trouvait être le dernier et pour finir le
seul homme de ce type particulier avec lequel on pût tenter semblable
expérience.
J'ai donc consacré les dix-huit mois qui suivirent
à l'étude des archives et à la rencontre, en divers points du globe,
d'hommes et de femmes impliqués d'une façon ou d'une autre, dans les
récits de Stangl. Certains étaient intimement concernés, comme les membres
de sa famille (alors au Brésil) qui lui étaient toujours attachés.
