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Justice n'est pas vengeance

Simon WIESENTHAL

 

 

JUSTICE N'EST PAS VENGEANCE
Une autobiographie

 

 

Editions Robert Laffont
1989 - 394 pages

 


Table des matières

- Introduction . . . . . . . 7
- Prologue : Qui est Simon Wiesenthal, par Peter Michael Lingens . . . . . . . 13

I. Aller et retour au tombeau . . . . . . . 37
2. Libération et vocation . . . . . . . 41
3. La rencontre . . . . . . . 47
4. Opération Sacher . . . . . . . 55
5. L'Odessa . . . . . . . 63
6. Un professionnel . . . . . . . 72
7. Sur les traces d'Eichmann . . . . . . . 80
8. Le prix d'un cadavre . . . . . . . 94
9. La demande en mariage . . . . . . . 102
10. L'homme qui fuyait devant son ombre . . . . . . 109
11 L’homme que l’on disait mort . . . . . . . 117
12. Le serment d’Hippocrate . . . . . . . 130
13. Le médecin et les morts . . . . . . 138
14. Encore un médecin . . . . . . . 142
15. Hitler avait-il la syphilis ? . . . . . . . 143
16. Chirurgie esthétique . . . . . . . 146
17. Une femme absolument charmante . . . . . . . 151
18. « Moral dutie shave no terms » . . . . . . . 171
19. L'assassin dont personne ne voulait . . . . . . . 177
20. Un vocabulaire qui en dit long . . . . . . 187
21. L'assassinat de Trotski . . . . . . 193
22. L'affaire Wallenberg . . . . . . . 198
23. Andreï Sakharov . . . . . . . 211
24. Juifs et Ukrainiens . . . . . . . 216
25. Juifs et Polonais . . . . . . . 222
26. Juifs et Tsiganes . . . . . . . 234
27. Juifs et Palestiniens . . . . . . . 239
28. Juifs et Juifs . . . . . . . 244
29. Le bras droit du démon . . . . . . . 247
30. La contamination de la police . . . . . . . 167
31. La contamination de la justice . . . . . . . 271
32. Qui a le droit d'assassiner ? . . . . . . . 275
33. Le conseiller juridique d'Himmler . . . . . . . 279
34. Une allée à Berlin . . . . . . . 282
35. Heil Hitler ! monsieur le professeur . . . . . . . 285
36. La vengeance des enfants de Varsovie . . . . . . . 288
37. Un café,à Kiagenfurt . . . . . . . 294
38. Le haussement d'épaules du ministre de la Justice . . . . . . . 298
39. La moisson brune du chancelier Kreisky . . . . . . . 304
40. L'affaire Peter . . . . . . . 309
41. Un ami des bêtes . . . . . . . 320
42. L'affaire Waldheim . . . . . . . 325
43. Indubio contraebreo . . . . . . . 338
44. Le mensonge d'Auschwitz . . . . . . . 346
45. Le pari . . . . . . . 351
46. La « sécurité » . . . . . . . 357
47. Comment traiter ses adversaires . . . . . . . 361
48. A la jeunesse . . . . . . . 366
 
Index :
. . . . . . . 377


4° de couverture Rescapé des camps de concentration, il a plusieurs fois échappé à la mort.
 

   Depuis 1945, il consacre sa vie à la recherche des criminels de guerre nazis - Eichmann et Mengele en tête -, mais il s'est aussi occupé de Wallenberg et de Sakharov.
  Aujourd'hui, à quatre-vingts ans, "l'homme d'un combat", comme l'appelle le président Mitterrand, se souvient, raconte, témoigne, s'explique.
  Un récit d'aventures vécues qui se lit comme un grand roman d'espionnage, des révélations qui se succèdent d'un chapitre à l'autre. Un "héros des temps modernes" (selon Reagan) assoiffé de justice, non de vengeance.
  Un livre-monument déjà acquis par de grands éditeurs dans une douzaine de pays d'Europe et d'Amérique.


Avant propos
 

   Lorsqu'on décide d'écrire un livre à quatre-vingts ans, on se dit forcément que ce sera le dernier. Cela vous rend minutieux : j'aurais évidemment souhaité décrire dans tous leurs détails les centaines d'affaires qui m'ont occupé depuis 1945. Pour moi, en effet, chacune d'elles était importante. Je pense par exemple au commandant du ghetto de Przemysl, Josef Schwammberger, que je suis arrivé à débusquer en Argentine et qui a été jugé pour des milliers d'assassinats. Mais comme beaucoup d'autres, son histoire ne figure pas dans cet ouvrage, qui aurait été trois fois plus épais. Je n'ai pu évoquer que les cas qui m'ont semblé exemplaires à différents égards - tantôt en raison de la difficulté des recherches, tantôt à cause du caractère particulier du coupable ou du crime, tantôt par l'importance qu'il peut avoir pour nous, aujourd'hui.
   Ce dont je parlerai ici, c'est du côté le plus spectaculaire de mon activité - ce qui ne veut pas dire que certains aspects moins spectaculaires n'ont pas joué un rôle aussi capital.
   Je comprends parfaitement que l'éditeur de ce livre souhaite avant tout des histoires - mais ce qui compte pour moi, ce sont les morts et les coupables.
   Ce genre d'ouvrage pose un deuxième problème: il donne l'impression que je suis seul responsable de tous les succès ou de tous les échecs que j'y décris. Cela tient en partie au mode de récit à la première personne, et en partie à la particularité de mon travail : pour des raisons de sécurité, je ne peux pas me permettre de désigner mes collaborateurs.
   Le lecteur se doutera bien que si j'obtiens une information extrêmement confidentielle du Paraguay, ce n'est pas par un don de double vue, mais grâce à l'activité de quelqu'un sur place. En le nommant, ou même en expliquant simplement comment il a obtenu ce renseignement, je risquerais de le compromettre.

   Je souhaite cependant profiter de l'occasion que m'offre ce dernier livre pour remercier certaines des personnes qui m'ont aidé dans mon travail. Je sais que cela ne présente guère d'intérêt pour le lecteur, mais à mon âge, je me permets d'utiliser quelques pages de ce livre pour dire à ces gens combien je suis heureux qu'ils soient mes amis.
   Je pense notamment, en Autriche, au regretté président de la communauté israélite, le Dr Ivan Hacker, et à son successeur, Paul Grosz. Parmi les catholiques, mon plus proche ami aura été le regretté Fritz Heer, écrivain et philosophe, qui m'a permis de mieux comprendre les rapports entre juifs et chrétiens. C'est un sujet que j'ai également évoqué plusieurs fois avec le cardinal Franz Kônig, qui, comme peu d'autres dignitaires catholiques, a accepté de reconnaître qu'au fil des siècles, l'Église s'est souvent rendue coupable à l'égard des juifs. A chaque manifestation bruyante de l'antisémitisme autrichien, le cardinal Kônig a su trouver les mots justes pour y répondre.
   Au moment où le chancelier Bruno Kreisky m'a ignoblement attaqué, où l'on a cherché à me chasser du pays en faisant appel à une commission parlementaire illégale, deux journalistes m'ont prêté un appui tout particulier : il s'agit de Peter Michael Lingens de Profil, et d'Alfred Payrleitner du Kurier, qui travaille actuellement à la radio autrichienne. Le mouvement de résistance autrichien se dressa lui aussi contre cette campagne, et en un temps où les Autrichiens considéraient Kreisky comme le bon Dieu, ou presque, il fallut à son chef, le social-démocrate Bruno Czermak, un courage civique considérable.
   Malgré tant de précieuses amitiés, il m'est arrivé de me sentir bien seul dans l'Autriche de Kreisky. A ces moments-là, je me consolais en pensant que j'avais - et que j'ai toujours - dans d'autres pays plus d'amis que je n'en puis compter ici, avec la meilleure volonté du monde. En Israël, où vivent actuellement ma fille et mes petits-enfants, je voudrais citer avant tout Gideon Hausner, président du Yad Vashem, et procureur général du procès d'Eichmann, le Dr Kiermisz, directeur scientifique du Yad Vashem et le journaliste Chaim Maas, que je connais depuis quarante ans et qui a traduit mes articles et mes livres en hébreu.
   C'est avec un réel sentiment de bonheur que j'évoque mes amis d'Allemagne fédérale immédiatement après mes amis d'Israël. Les premiers furent Heinrich Guenthert et Adolf Kohlrautz, qui m'ont sauvé la vie sous le IIIe Reich, et auxquels je suis lié par une gratitude qui n'a d'égale que mon admiration. Mon travail m'a également conduit à faire la connaissance de nombreux Allemands que je compte aujourd'hui parmi mes amis. Le principal est le procureur de la République auprès du tribunal du Land de Stuttgart, Rolf Sichting, mais je voudrais citer également un grand nombre de collaborateurs du Service central d'enquête sur les crimes nationaux-socialistes de Ludwigsburg. Mes premiers succès doivent beaucoup à l'aide que m'a apportée ce service, et plus particulièrement le Dr Rückerl et le procureur Streim. Le regretté éditeur Axel Câsar Springer, dont l'attitude à l'égard du judaïsme et d'Israël a toujours commandé le respect même de ses critiques les plus virulents, m'a également offert son amitié et son aide. Quant à la bienveillance du chancelier Helmut Kohl, je l'évoque dans plusieurs passages de ce livre.

   En 1963, j'ai adhéré à l'Union internationale de la résistance et de la déportation qui venait d'être fondée, ce qui m'a permis de faire la connaissance de son président, le général belge Albert Guerisse. Parmi les nombreuses personnes que j'ai appris à admirer au sein de cette organisation, je nommerai le secrétaire général Hubert Hallin et l'héroïne française de la Résistance, Marie-Madeleine Fourcade, le colonel Bjarke Schou du Danemark, le colonel Wolfgang Müller d'Allemagne fédérale ou l'ancien prédicateur de Notre-Dame de Paris, le père Riquet, qui a payé son courage à Mauthausen, où il fut mon compagnon de détention.
   En 1965, j'ai fait la connaissance de Charles Ronsac, qui était alors directeur de l'agence de presse « Opera Mundi » à Paris. Ce fut lui qui me persuada d'écrire mon premier livre consacré à mon activité - Les assassins sont parmi nous. L'intérêt qu'il m'a manifesté depuis a largement dépassé mon activité littéraire ; cette collaboration s'est transformée en une chaleureuse amitié, dont je tiens à remercier Charles dans ce dernier ouvrage.
   D'innombrables personnes ont apporté un soutien financier à notre bureau. Je leur exprime à tous une immense reconnaissance ; dans certains cas, cette aide financière a donné naissance à une amitié réciproque. C'est ainsi que notre premier bureau à Linz n'a pu exister que parce que, tous les mois, le Dr Israel Silberschein nous envoyait de quoi régler nos frais de poste et de téléphone (plus tard, j'ai pu consacrer à ces dépenses une partie de la pension d'indemnisation que m'a versée l'Allemagne fédérale).
   Après une étape intermédiaire, où le financement de notre nouveau bureau viennois a été assuré par l'Association des communautés juives et l'Association cultuelle viennoise, nous avons reçu une aide importante de Hollande : Thom Roth, Simon Speijer et Hans Jacobs y créèrent la « Fondation Wiesenthal », qui obtint du gouvernement l'exonération fiscale des nombreux dons qu'on lui fait.    Cela fait aujourd'hui vingt-cinq ans que, tous les mois, nous recevons un mandat de Hollande. Malheureusement, le président de la fondation, A. Stempels, en fonction depuis de longues années, nous a quittés l'année dernière et ne pourra donc pas lire ces lignes. Son successeur est le professeur Lou De Jong, historien célèbre et ancien directeur du « Rijksinstitut voor Oorlogsdokumentatie », avec lequel j'entretiens également de fructueuses relations depuis de longues années. De même, le directeur adjoint du Rijksinsitut, le professeur Ben Sijes, a toujours été pour moi un conseiller et un ami personnel. Il est malheureusement mort lui aussi il y a quelques années. Personne ne pourra jamais combler le vide qu'il a laissé derrière lui.
   Ma reconnaissance ne s'adresse pas seulement à quelques amis hollandais, mais à l'ensemble de la population hollandaise : aucun autre pays, me semble-t-il, n'a manifesté autant d'intérêt pour mon œuvre. Je le dois essentiellement à Jules Huf qui, en qualité de correspondant de la presse hollandaise à Vienne, a toujours suivi de près les enquêtes qui m'occupaient. Et si beaucoup de Hollandais, dont Huf lui-même, n'ont pas compris mon attitude dans l'affaire Waldheim, la cordialité de nos relations personnelles n'en a jamais souffert.

   Le « Jewish Documentation Center » est aux États-Unis l'équivalent de la « Fondation Wiesenthal » en Hollande. Ce centre de documentation a lui aussi obtenu l'exonération fiscale des dons qui lui sont faits. L'inspirateur et l'âme de cette institution a été Hermann Katz, qui a également mis à sa disposition un bureau dans les locaux de sa compagnie new-yorkaise. La générosité du JDC nous a permis de mener à bien outre-Atlantique plusieurs enquêtes très coûteuses, auxquelles nous aurions sans doute dû renoncer sans cette aide. C'est aussi de New York que nous avons obtenu les sept mille dollars que j'ai dû verser pour obtenir un renseignement sur le point de chute du commandant de Treblinka, Franz Stangl. Hermann Katz est mort en 1977, et son avocat, cofondateur du bureau de New York, Martin Rosen, a repris ses fonctions. Ma famille ayant été exterminée par les nazis, il ne me reste presque plus de parents, et j'ai confié un jour à Martin que l'un de mes plus chers désirs serait de pouvoir me choisir une nouvelle famille : dans ce cas, je l'adopterais pour frère. C'est ainsi que nous sommes devenus frères.
   Mon premier ami américain était un soldat. Il s'appelait Jakob Katzmann, et j'ai fait sa connaissance en 1945, immédiatement après la libération du camp de concentration de Mauthausen. Il était alors chargé de s'occuper des détenus juifs libérés. L'amitié qui nous lie, ma femme et moi, à Jakob dure aujourd'hui depuis quatre décennies, et nous a également réunis quelquefois dans notre travail: Jakob a été secrétaire général de la fédération du mouvement ouvrier juif, puis membre du bureau exécutif de l'Organisation mondiale sioniste. Actuellement, il donne des cours pour adultes dans des universités populaires de New York, où il s'efforce de transmettre aux jeunes ce qu'il sait de l'holocauste.
   Parmi les nombreux autres amis que je me suis faits en Amérique au fil des ans, je souhaite en citer encore deux : mes avocats Martin Mendelsson de Washington et Jerry Bender de Chicago, oui m'assistent comme ils peuvent et où ils peuvent.
   Pour finir, je souhaite mentionner brièvement le Centre de Los Angeles sur l'holocauste, qui porte mon nom. Je dois cet honneur au rabbin Marvin Hier, à Roland Arnal et aux frères Belzberg de la Yeshiva-University. Depuis plus de dix ans, le « Centre Simon Wiesenthal » de Californie effectue un travail d'information, il soutient des projets scientifiques et cherche plus particulièrement à toucher la jeunesse américaine. Il a permis ainsi la réalisation du film Génocide, qui a obtenu en 1983 l'Oscar du meilleur documentaire.
   En 1987, le Sénat et la Chambre des représentants de Californie ont accordé une subvention de cinq millions de dollars pour créer un « musée de la Tolérance » dans le cadre du Centre Simon Wiesenthal. Je sais que le nom de « musée de l'Intolérance » serait plus pertinent, tant les images de persécutions y sont nombreuses. Mais une partie de l'exposition est consacrée à la résistance qui ne désarma jamais. Et comme je suis optimiste, je crois que l'intolérance ne peut l'emporter que provisoirement et que la tolérance finira par triompher.
 
Vienne. Septembre 1988
Simon WIESENTHAL

  P.-S. : Je tiens également à remercier mes secrétaires, Rosa-Maria Austraat et Maggie Glecer pour l'aide qu'elles m'ont apportée dans la rédaction de cet ouvrage même aux heures les plus sinistres

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