Avant - Propos
De nombreux ouvrages ont déjà
été publiés sur la Résistance en Auvergne.
Les lecteurs intéressés y retrouveront en particulier ce que fut l'organisation
de la Résistance en Auvergne, la Bataille du Mont-Mouchet et celle de
la Truyère : l'Histoire de la Libération de l'Auvergne.
Le but de ce livre n'est donc pas d'ajouter une nouvelle
page à toutes celles déjà écrites à ce sujet. Sa seule ambition est de
reproduire fidèlement l'histoire du 1er Corps Franc telle qu'elle
a été contée à l'époque dans le MUR D'AUVERGNE, Journal des Mouvements
Unis de la Résistance, et ceci à la Mémoire et en l'Honneur de ceux qui
au sein du 1er Corps Franc, écrivirent une des plus belles
pages de l'Histoire de la Résistance auvergnate.
Dans bien longtemps, alors que ces années terribles pour la France
s'estomperont dans le temps, que les douleurs se seront atténuées, que
les souffrances seront peu à peu oubliées (tout passe...), il est probable,
que dans nos campagnes, la légende de la Résistance farouche des maquisards
volontaires dressés contre l'envahisseur aura rejoint les autres légendes,
qui, au cours des siècles passés ont, peu à peu, constitué le livre d'or
du courage et du patriotisme français.
Et nous pensons que les exploits audacieux de nos hardis compagnons,
réalisés en pays occupé, sous la terreur nazie, au mépris des risques
énormes, encore accrus par la trahison de mauvais Français, mériteront
d'être contés aux enfants de nos enfants, le soir à la veillée.
L'Auvergne, comme le Vercors ou la Savoie a étonné les alliés,
qui n'avaient jamais cru très sérieusement à la libération de ces provinces
par elles-mêmes... et pourtant ni Américains ni Anglais n'ont eu à venir,
faire, comme on dit en style militaire, le nettoyage de l'Auvergne...
Les Auvergnats s'en sont chargés eux-mêmes, et, dès le début de septembre
1944, les derniers Allemands étaient reconduits à la porte de chez nous
avec tous les honneurs qu'ils étaient en droit d'espérer.

Beaucoup de nos compatriotes ne connaissent pas, dans
le détail, les difficultés imposées, aux temps héroïques, aux pionniers
de la Résistance, ouvriers alors bien modestes qui, par leurs efforts
incessants devaient construire de toutes pièces l'édifice de la liberté
de l'Auvergne, avant de travailler à la libération de la France tout entière.
Tant d'aventures ils ont eu un peu partout dans notre pays, que
nombreux sont les amis qui nous ont demandé de les écrire pour eux. Eux
qui souvent n'entrevoyaient la résistance que dans une apparition rapide
de ceux du corps-franc... une portière entrebâillée laissant voir sur
la banquette fusil-mitrailleur ou grenades, ou encore lors des haltes
des «errants» couchés dans leur grange, interrompues par le «les voilà»
annonçant l'approche de l'ennemi.
Combien de paysannes attendries, les voyant ainsi traqués, se sont
apitoyées sur leur sort. « Pauvres gars, qu'espèrent-ils, à toujours courir
les routes ? Poursuivis par ces sales Boches et ces miliciens traîtresà
la patrie... Ils y resteront tous! » Et, venant appuyer ces tristes réflexions,
on apprenait : « Un tel a été tué à Volvic, tel autre est pris par la
Gestapo et, après tortures, abattu ».
Pourtant, les gars du corps franc, rendus quelquefois eux-mêmes
graves par la perte de camarades très chers, restaient confiants et enthousiastes
et rassuraient leurs hôtes d'un jour « Ne vous en faites pas, on les aura
! » Et de conter leurs derniers exploits, le dernier tour joué à la police
de Laval et de Darnand ou à la Gestapo de Gessler.
Et leurs interlocuteurs se laissaient gagner par cette folle témérité
qui les emballait... La Mystique de la Résistance était née. On recommençait
à croire à nouveau dans les destinées du pays.
Premier corps franc d'Auvergne! C'est celui qui, formé au cur
même des volcans, allait multiplier dès lors les coups de main les plus
osés; celui qui, organisant la défense du territoire devait mettre sur
pied la structure générale de la Résistance dans le Puy-de-Dôme; celui
qui, enfin, ayant étendu son action sur l'ensemble de la région, allait
devenir l'Etat-Major des 17.000 volontaires qui, peu à peu, s'étaient
groupés un peu partout et répondait à son appel. La levée en masse !

1942 n'a pas marqué le début de la Résistance contre
l'Allemand, Celui-ci avait déjà rencontré l'opposition dès 1940, au lendemain
de la trahison. Combien d'actes individuels, combien de tracts distribués,
combien d'explosions souvent platoniques. Mais tout cela sans cohésion,
sans coordination. Le jour où, en novembre 1942 certains hommes se rencontrèrent
à Clermont, alors que l'armée allemande venait d'entrer en zone libre
au mépris de tout traité, tout changea...
Les premières opérations entreprises furent réussies... Avec quels
moyens pourtant ! Laurent et Dumas, compagnons de Gaspard roulaient, comme
lui-même, avec des voitures personnelles, au gazogène ou à l'acétylène
! Jugez de la discrétion des démarrages en cas d'alerte! Et pourtant les
premières expéditions étaient réalisées avec bonheur ! L'essence était
extirpée des caves de Romagnat : 1.500 litres ! Quelle affaire !
Souvenez-vous, « Francs- Tireurs » de Jouanneau, hommes de « Combat
» de Gaspard et de Perret ou de « Libération » de Camille, cette traversée
de la prairie gluante, à minuit, chacun avec son fût de 50 litres sur
les épaules, à la file indienne pendant 600 mètres, trébuchant, étouffant
des jurons, arrivant enfin aux gazos de Lucien Blanchet, de Dumas, de
Laurent et chargeant pour retourner à un second, puis à un dernier voyage.
- Quelle suée! mes amis ! Mais quelle satisfaction aussi
de pouvoir dorénavant fréter des voitures plus rapides et plus favorables
aux courses lointaines.
Prince, de son côté, avait fait une « affaire » du côté de
Cournon.
Avec le carburant, se faisait jour la possibilité d'un
travail plus intéressant : parachutages, transports d'armes. Les semaines
passaient... Les groupes se montaient dans chacun des cantons de notre
Puy-de-Dôme. Et puis, les accidents, les hommes de Laurent, à Cournon,
arrêtés par la police française: Canon, les frères Chausson, le Belge...
Pauvres gars, tous ne revinrent pas des bagnes nazis. La Gestapo alertée..
Prince, Laurent, Dumas, Gaspard, à quelques heures d'intervalle, échappaient
miraculeusement, Bénévoles suivait de près.

Le premier corps franc d'Auvergne devait prendre le
maquis. La grande bataille était commencée !
C'est l'histoire de ce corps franc qui va être contée ici... L'ordre
chronologique des faits ne sera pas toujours respecté.. Il n'y avait pas
de secrétaire au maquis... Mais les survivants sont encore là... De leur
mémoire, reviennent les vieilles. histoires, les aventures, tragiques
un jour, pleines d'humour un autre...
Tous ensemble, amis, vous allez écrire ces pages sans prétention,
mais tellement vraies, de l'histoire de la Résistance d'Auvergne.
Non pas seulement vous, les « Chefs » cités plus haut,
mais aussi les modestes, vous les Tarzan, les Goliath, les Raimu, les
Vatel, les Cristal, et tous les autres...
Rappelez-vous la chaumière de Lespinasse, le chien à trois pattes
du grand-père, le sifflement du vent dans la forêt, rappelez-vous les
nuits sur les routes, rappelez-vous les amis perdus, au fil des jours...

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