Grenoble et le Vercors

Actes du colloque I.E.P. Grenoble - nov. 1975

 

GRENOBLE ET LE VERCORS

de la Résistance à la Libération

 

Editions La Manufacture
Lyon - 1985 - 338 pages


Table des matières


AVANT-PROPOS par Pierre Bolle . . . . . . . 3

- Présentation des participants au colloque .
- Chronologie des événements

  . Accueil de Claude Domenach, directeur de l'Institut d'Etudes Politiques . . . . . . . 15
  . Uriage et la Résistance par Bernard Comte . . . . . . . 19
. Débat . . . . . . . 46
  . Le Comité de Libération de l'Isère par Pierre Flaureau . . . . . . . 61
. Les F.F.I. dans l'Isère par le Général Alain Le Ray . . . . . . . 97
. Le Vercors par Fernand Rude. . . . . . . . 137
. Débat . . . . . . . 169
  . Les étrangers dans la Résistance par le Docteur Charles Katz . . . . . . . 187
. Débat . . . . . . . 197
  . Culture populaire et Résistance par Benigno Cacérès . . . . . . . 205
. La presse dans l'Isère en 1944 par Bernard Montergnole . . . . . . . 215
. Débat . . . . . . . 220

  DOCUMENTS ANNEXES établis par Pierre Bolle . . . . . . . 243
- Documents
- Carnet de photographies
- Bibliographie
- Index des noms de personnes
- Index des noms de lieux
- Liste des sigles utilisés


4° de couverture


GRENOBLE ET LE VERCORS
de la résistance à la libération

      Uriage et le Vercors... Parmi tous les sujets de débats perpétuellement recommencés et jamais résolus, en voilà certainement deux des plus brûlants aussi bien pour les résistants que pour ceux qui contestent aujourd'hui leurs engagements d'hier.
      A l'initiative de Pierre Bolle qui enseigne l'histoire contemporaine à l'Institut d'Etudes Politiques et qui mène depuis plusieurs années des recherches sur la 2e guerre mondiale, un colloque « fermé >, s'est réuni pendant deux jours, sans public ni journalistes; en fait, il s'agissait plus d'un groupe de travail de 22 personnes, des « acteurs » et des historiens qui ont mis en commun leurs connaissances, confronté leur point de vue, se sont quelquefois heurtés dans un respect amical mais aussi avec une brutale sincérité .
      Débats passionnés entre l'historien d'Uriage, Bernard Comte, un « ancien » de l'Ecole des Cadres, Benigno Cacérès, le général Alain Le Ray, chef des F.F.I. de l'Isère en mai 44, Fernand Rude, « ancien » du Vercors et sous-préfet de Vienne à la Libération, et Pierre Flaureau, représentant du P.C. dans le C.D.L.N. de l'Isère dont il était le « patron » incontesté.
      L'analyse de ce C.D.L.N. ne manque pas d'intérêt car il a été en même temps un des plus efficaces des Comités de Libération et un des plus « indisciplinés« vis-à-vis du pouvoir régional.
      Les thèmes et les questions se bousculent : Uriage a-t-il été le fruit de la Révolution Nationale ou un des inspirateurs de la Résistance ? Le C.D.L.N. n'était-il pas noyauté par le P. C. ? Comment réaliser l'unité des forces armées de Libération dans la coexistence désordonnée de l'A.S., des F. T.P., des Groupes Francs ? Le Vercors a-t-il été un grand moment de la résistance ou une erreur stratégique ? Sans oublier des échanges sur la participation des étrangers, bien souvent juifs, à la lutte contre l'occupant nazi et sur la culture populaire qui prend naissance dans la vie des maquis.
      Colloque très riche, dense, dont les exposés apportent des idées neuves sur les différentes formes de la Résistance et au cours duquel les participants témoignent avec passion de ce qu'ils pensent être la vérité.


Avant-propos


      Présentation des participants au Colloque et chronologie par Pierre Bolle (Maître-assistant d 'Histoire à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble Organisateur du Colloque tenu les 21 et 22 novembre 1975

      Uriage et le Vercors... Après 30 ou 40 ans, voilà deux sujets qui provoquent des débats perpétuellement recommencés, jamais résolus et toujours aussi passionnés.
      Ils ont été repris au cours du colloque de Grenoble réuni à l'Institut d'Etudes Politiques où durant deux jours 22 personnes, « acteurs » et historiens, ont mis en commun leurs connaissances, confronté leur point de vue dans une exceptionnelle liberté d'expression aussi bien dans leur accord que dans leur divergence. En effet, ce colloque « fermé » n'avait ni public, ni journalistes et chaque participant était assuré que ses paroles ne provoqueraient pas dans l'immédiat des remous incontrôlés.
     Ce « groupe de travail » a permis des discussions passionnées entre l'historien d'Uriage, Bernard Comte, un « ancien » de l'Ecole des Cadres, Benigno Cacérès, le général Alain Le Ray, chef des F.F.I. de l'Isère en mai 44, Fernand Rude, « ancien » du Vercors et sous-préfet de Vienne à la Libération, et Pierre Flaureau, représentant du P. C. dans le C.D.L.N. de l'Isère dont il était le « patron » incontesté.
      Présence aussi des F.T.P. avec Paul Billat et Madame Monique Rolland, ancienne agent de liaison du Commandant Lenoir; présence de ceux qu'on nommait des étrangers, de ces immigrés bien souvent juifs sur lesquels le docteur Charles Katz et l'historien Roland Lewin apportent des informations encore peu connues. Problèmes de la presse avec l'historien Bernard Montergnole, durant les derniers mois de la guerre et les premiers jours de la Libération; et ceux de la culture populaire avec le témoignage de B. Cacérès qui retrace l'épopée des « équipes volantes » dans les maquis, la deuxième création de « Peuple et Culture » et la mise en place de la Maison de la Culture dans cet automne grenoblois de 44, vibrant de projets audacieux, d'innovations qui voient le jour ici pour trouver leur achèvement ailleurs. Curieuse ville qui éclate d'idées neuves, les rejettent presque aussitôt pour ne les retrouver que 20 ans plus tard !

      Les thèmes et les questions se bousculent lors de chaque communication. « Uriage » ? Bien évidemment, il s'agit de celui de Dunoyer de Segonzac. Mais il y a aussi celui de la Milice, puis en septembre 44 l'Ecole militaire de Xavier de Virieu. La confusion est donc toujours possible et il faut bien poser les dates, définir les termes, cerner les origines et les filiations, analyser les influences reçues et les enseignements donnés. L'Ecole d'Uriage, celle du « Vieux Chef », n'est pas le « berceau de la Résistance », c'est bien évident pour tous. Mais n'a-t-elle pas joué un rôle original dans la résistance morale au régime de Vichy et dans l'unité de la résistance en Dauphiné ? Peut-être. En tout cas, il y a un « esprit d'Uriage » auquel Beuve-Méry et le père de Naurois ne sont pas étrangers. Après la dissolution de l'Ecole et son repliement à Murinais, les« équipes volantes » visitent les maquis et leur expliquent « pourquoi nous combattons ? ». Mais quel accueil leur a été réservé ? Pour certains très favorable; pour d'autres discutable, car ils soulignent la suspicion qu'« Uriage » continue à rencontrer et ils mettent en doute l'utilité de l'entreprise.
C'est pourtant dans la ligne de cette réflexion menée par les gens de la «Thébaïde » que prennent corps à la Libération ces méthodes originales pour que « la culture puisse être rendue au peuple » : les anciens d'Uriage deviennent alors les acteurs d'un mouvement culturel exceptionnel qui renouvelle l'éducation ouvrière et la lecture du livre, traverse le théâtre et l'Université, et n'ignore ni la médecine sociale, ni l'armée nouvelle...
      Original également, le Comité de Libération de l'Isère créé à cette rencontre de « Monaco » dont le compte rendu intégral, donné en annexe, ne manque pas d'intérêt. Mais d'une originalité qui pose problème d'abord par le noyautage indiscutable du P.C. qui, certes, en a fait un « outil » efficace pour la lutte clandestine, mais qui peut représenter aussi une menace dans l'éventualité d'une prise du pouvoir ou plus simplement dans le contrôle des divers organismes politiques et administratifs mis en place à la Libération. Est-ce là un plan délibéré de subversion ? Ou tout bonnement le recours aux seules méthodes capables de résister à la lutte sans merci de la Wehrmacht, de la Gestapo et de la Milice ?
      Problème aussi car ce C.D.L.N. est considéré comme « ingouvernable » par les responsables régionaux qui craignent que sont exemple ne soit suivi et qu'il ne participe activement à une « fronde des C.D.L. » revendiquant l'indépendance des départements vis-à-vis du pouvoir Central. . . Mais ne peut-on dire aussi que la présence d'un C.D.L puissant a évité à Grenoble de connaître à la Libération le vide administratif, les pillages, les exactions ? Oui, très certainement.

      De plus n'est-ce pas le C.D.L. qui a voulu un seul commandement pour les Forces Françaises de l'Intérieur du département, regroupant sous l'autorité d'un seul homme l'A.S. et l'O.R.A., les Groupes Francs et les F. T. P. ,les officiers de carrière et les anciens des Brigades Internationales ? Expérience exemplaire dont la réussite n'est pas banale, mais qui ne concerne pas le maquis du Vercors.
      Un projet d'utilisation militaire de ce massif des Préalpes, le plan « Montagnards », a été accepté par les plus hautes autorités de la résistance à Londres comme en France et lui donne un statut particulier qui le fait dépendre directement du Haut-Commandement français à Alger.
       Mais ici se posent les questions qui, aujourd'hui encore, sont au coeur des débats les plus difficiles: pourquoi avoir constitué un « réduit » en adoptant les règles de la guerre classique au lieu de continuer à mener des opérations de guérilla ? Le gouvernement d'Alger avait-il promis de monter une opération aéroportée avec parachutage d'armes lourdes et de combattants ? La fin de la « République du Vercors » doit-elle être considérée comme une tragédie regrettable ou comme un haut fait de la Résistance française ? Certes, ce sacrifice demeure un symbole, mais a-t-il été utile à la Libération du pays ?
       Aucune des questions les plus difficiles, les plus provocantes n'ont été écartées et l'échange qui a suivi, sincère, parfois brutal, a toujours su conserver un amical respect des uns pour les autres, car leurs certitudes divergentes étaient toujours un témoignage de ce qu’ils pensaient être la vérité
      Si nous ajoutons des informations précises sur la place des étrangers dans cette résistance grenobloise et sur la composition socio-professionnelle des maquisards du Vercors, des mises au point sur l'attitude de certains journalistes, sur la mort de tel rédacteur et sur celle du dernier préfet de l'Isère, des témoignages sur l'explosion culturelle dont Grenoble a été bénéficiaire en cet automne 44, véritablement ce colloque fait preuve d'une grande richesse et d'une belle densité grâce à ces exposés et à ces débats qui nous apportent des idées neuves sur différentes formes de Résistance et font progresser notre connaissance sur Grenoble et le Vercors de l'armistice à la Libération.
        Mais cet ouvrage ne serait pas ce qu'il est sans l'aide soutenue de tous les participants de cette rencontre qui, avec patience, ont répondu à mes questions sur les quelques centaines d'acteurs et de figurants regroupés dans l'index; qui m'ont ouvert leurs dossiers; qui m'ont communiqué documents et photographies. Qu'ils trouvent ici l'expression de la profonde reconnaissance qui leur est due. Je dois également exprimer ma gratitude à ceux qui, en dehors du colloque, ne m'ont pas mesuré leur encouragement et leur appui: Madame Louise-Marie Ardain-Lozac'hmeur, Gaston Charreton, Roger Collomb, Jean-Marie Domenach, Gustave Estadès, Paul Grillet, Henri Rolland, Colonel Pierre Tanant, l'Association Le Corbusier, l'Ordre des Architectes à Paris.
      Un dernier mot doit être adressé au Conseil Scientifique de l'Université des Sciences Sociales de Grenoble et à celui de l'Institut d'Etudes Politiques dont l'aide matérielle a permis la mise en forme du manuscrit (*) : qu'ils soient ici très sincèrement remerciés. .
 
Pierre BOLLE.

  (*) Conformément à l'engagement qui avait été pris au cours du colloque, tous les textes enregistrés, - communications et discussions -, ont été décryptés et soumis à leur auteur pour relecture, correction et mise au point.

Pierre Bolle, maître-assistant d'histoire contemporaine à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble; dirige avec Jean Godel un séminaire d'histoire « Religions, mentalités et sociétés où ont été préparés de nombreux mémoires de maîtrise consacrés à la 2e guerre mondiale dans le Dauphiné, la Savoie et l'Ardèche; a publié plusieurs travaux sur l'attitude des protestants français vis-à-vis de Vichy, de la résistance et du problème juif.

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