Avant-propos
Présentation des participants
au Colloque et chronologie par Pierre Bolle (Maître-assistant d
'Histoire à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble Organisateur
du Colloque tenu les 21 et 22 novembre 1975
Uriage
et le Vercors... Après 30 ou 40 ans, voilà deux sujets qui provoquent
des débats perpétuellement recommencés, jamais résolus et toujours aussi
passionnés.
Ils ont été repris au cours du colloque
de Grenoble réuni à l'Institut d'Etudes Politiques où durant deux jours
22 personnes, « acteurs » et historiens, ont mis en commun leurs connaissances,
confronté leur point de vue dans une exceptionnelle liberté d'expression
aussi bien dans leur accord que dans leur divergence. En effet, ce colloque
« fermé » n'avait ni public, ni journalistes et chaque participant était
assuré que ses paroles ne provoqueraient pas dans l'immédiat des remous
incontrôlés.
Ce « groupe de travail » a permis des discussions
passionnées entre l'historien d'Uriage, Bernard Comte, un « ancien »
de l'Ecole des Cadres, Benigno Cacérès, le général Alain Le Ray, chef
des F.F.I. de l'Isère en mai 44, Fernand Rude, « ancien » du Vercors
et sous-préfet de Vienne à la Libération, et Pierre Flaureau, représentant
du P. C. dans le C.D.L.N. de l'Isère dont il était le « patron » incontesté.
Présence aussi des F.T.P. avec Paul
Billat et Madame Monique Rolland, ancienne agent de liaison du Commandant
Lenoir; présence de ceux qu'on nommait des étrangers, de ces immigrés
bien souvent juifs sur lesquels le docteur Charles Katz et l'historien
Roland Lewin apportent des informations encore peu connues. Problèmes
de la presse avec l'historien Bernard Montergnole, durant les derniers
mois de la guerre et les premiers jours de la Libération; et ceux de
la culture populaire avec le témoignage de B. Cacérès qui retrace l'épopée
des « équipes volantes » dans les maquis, la deuxième création
de « Peuple et Culture » et la mise en place de la Maison de la
Culture dans cet automne grenoblois de 44, vibrant de projets audacieux,
d'innovations qui voient le jour ici pour trouver leur achèvement ailleurs.
Curieuse ville qui éclate d'idées neuves, les rejettent presque aussitôt
pour ne les retrouver que 20 ans plus tard !

Les thèmes et les questions se bousculent
lors de chaque communication. « Uriage » ? Bien évidemment, il s'agit
de celui de Dunoyer de Segonzac. Mais il y a aussi celui de la Milice,
puis en septembre 44 l'Ecole militaire de Xavier de Virieu. La confusion
est donc toujours possible et il faut bien poser les dates, définir les
termes, cerner les origines et les filiations, analyser les influences
reçues et les enseignements donnés. L'Ecole d'Uriage, celle du «
Vieux Chef », n'est pas le « berceau de la Résistance », c'est bien
évident pour tous. Mais n'a-t-elle pas joué un rôle original dans la résistance
morale au régime de Vichy et dans l'unité de la résistance en Dauphiné
? Peut-être. En tout cas, il y a un « esprit d'Uriage » auquel Beuve-Méry
et le père de Naurois ne sont pas étrangers. Après la dissolution de l'Ecole
et son repliement à Murinais, les« équipes volantes » visitent les
maquis et leur expliquent « pourquoi nous combattons ? ». Mais quel
accueil leur a été réservé ? Pour certains très favorable; pour d'autres
discutable, car ils soulignent la suspicion qu'« Uriage » continue
à rencontrer et ils mettent en doute l'utilité de l'entreprise.
C'est pourtant dans la ligne de cette réflexion menée par les gens de
la «Thébaïde » que prennent corps à la Libération ces méthodes
originales pour que « la culture puisse être rendue au peuple »
: les anciens d'Uriage deviennent alors les acteurs d'un mouvement culturel
exceptionnel qui renouvelle l'éducation ouvrière et la lecture du livre,
traverse le théâtre et l'Université, et n'ignore ni la médecine sociale,
ni l'armée nouvelle...
Original également, le Comité de Libération
de l'Isère créé à cette rencontre de « Monaco » dont le compte rendu
intégral, donné en annexe, ne manque pas d'intérêt. Mais d'une originalité
qui pose problème d'abord par le noyautage indiscutable du P.C. qui, certes,
en a fait un « outil » efficace pour la lutte clandestine, mais qui peut
représenter aussi une menace dans l'éventualité d'une prise du pouvoir
ou plus simplement dans le contrôle des divers organismes politiques et
administratifs mis en place à la Libération. Est-ce là un plan délibéré
de subversion ? Ou tout bonnement le recours aux seules méthodes capables
de résister à la lutte sans merci de la Wehrmacht, de la Gestapo et de
la Milice ?
Problème aussi car ce C.D.L.N. est
considéré comme « ingouvernable » par les responsables régionaux
qui craignent que sont exemple ne soit suivi et qu'il ne participe activement
à une « fronde des C.D.L. » revendiquant l'indépendance des départements
vis-à-vis du pouvoir Central. . . Mais ne peut-on dire aussi que la présence
d'un C.D.L puissant a évité à Grenoble de connaître à la Libération le
vide administratif, les pillages, les exactions ? Oui, très certainement.

De plus n'est-ce pas le C.D.L. qui
a voulu un seul commandement pour les Forces Françaises de l'Intérieur
du département, regroupant sous l'autorité d'un seul homme l'A.S. et l'O.R.A.,
les Groupes Francs et les F. T. P. ,les officiers de carrière et les anciens
des Brigades Internationales ? Expérience exemplaire dont la réussite
n'est pas banale, mais qui ne concerne pas le maquis du Vercors.
Un projet d'utilisation militaire
de ce massif des Préalpes, le plan « Montagnards », a été accepté
par les plus hautes autorités de la résistance à Londres comme en France
et lui donne un statut particulier qui le fait dépendre directement du
Haut-Commandement français à Alger.
Mais ici se posent les questions
qui, aujourd'hui encore, sont au coeur des débats les plus difficiles:
pourquoi avoir constitué un « réduit » en adoptant les règles de
la guerre classique au lieu de continuer à mener des opérations de guérilla
? Le gouvernement d'Alger avait-il promis de monter une opération aéroportée
avec parachutage d'armes lourdes et de combattants ? La fin de la « République
du Vercors » doit-elle être considérée comme une tragédie regrettable
ou comme un haut fait de la Résistance française ? Certes, ce sacrifice
demeure un symbole, mais a-t-il été utile à la Libération du pays ?
Aucune des questions les plus difficiles, les plus provocantes n'ont été
écartées et l'échange qui a suivi, sincère, parfois brutal, a toujours
su conserver un amical respect des uns pour les autres, car leurs certitudes
divergentes étaient toujours un témoignage de ce qu’ils pensaient être
la vérité
Si nous ajoutons des informations
précises sur la place des étrangers dans cette résistance grenobloise
et sur la composition socio-professionnelle des maquisards du Vercors,
des mises au point sur l'attitude de certains journalistes, sur la mort
de tel rédacteur et sur celle du dernier préfet de l'Isère, des témoignages
sur l'explosion culturelle dont Grenoble a été bénéficiaire en cet automne
44, véritablement ce colloque fait preuve d'une grande richesse et d'une
belle densité grâce à ces exposés et à ces débats qui nous apportent des
idées neuves sur différentes formes de Résistance et font progresser notre
connaissance sur Grenoble et le Vercors de l'armistice à la Libération.
Mais cet ouvrage ne serait
pas ce qu'il est sans l'aide soutenue de tous les participants de cette
rencontre qui, avec patience, ont répondu à mes questions sur les quelques
centaines d'acteurs et de figurants regroupés dans l'index; qui m'ont
ouvert leurs dossiers; qui m'ont communiqué documents et photographies.
Qu'ils trouvent ici l'expression de la profonde reconnaissance qui leur
est due. Je dois également exprimer ma gratitude à ceux qui, en dehors
du colloque, ne m'ont pas mesuré leur encouragement et leur appui: Madame
Louise-Marie Ardain-Lozac'hmeur, Gaston Charreton, Roger Collomb, Jean-Marie
Domenach, Gustave Estadès, Paul Grillet, Henri Rolland, Colonel Pierre
Tanant, l'Association Le Corbusier, l'Ordre des Architectes à Paris.
Un dernier mot doit être adressé au
Conseil Scientifique de l'Université des Sciences Sociales de Grenoble
et à celui de l'Institut d'Etudes Politiques dont l'aide matérielle a
permis la mise en forme du manuscrit (*) : qu'ils soient ici très sincèrement
remerciés. .
Pierre BOLLE.
(*) Conformément
à l'engagement qui avait été pris au cours du colloque, tous les textes
enregistrés, - communications et discussions -, ont été décryptés et soumis
à leur auteur pour relecture, correction et mise au point.

Pierre Bolle, maître-assistant d'histoire contemporaine
à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble; dirige avec Jean Godel un
séminaire d'histoire « Religions, mentalités et sociétés où ont été préparés
de nombreux mémoires de maîtrise consacrés à la 2e guerre mondiale
dans le Dauphiné, la Savoie et l'Ardèche; a publié plusieurs travaux sur
l'attitude des protestants français vis-à-vis de Vichy, de la résistance
et du problème juif.
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