Résistance

Roger Monpezat  et Résistance

Commandant Roger MOMPEZAT


JOURNAL DE MARCHE DU CORPS FRANC DE LA MONTAGNE NOIRE  

 

 

Editions des Anciens du CFMN
En vente au Militarial - 1945 - 243 pages

 

4° Edition

CFMN - quatrième édition

Préface de Jean CASSOU

    Ça été l'un des constants soucis de la Résistance d'unifier les divers maquis surgis sur le sol français et de les faire rentrer sous le commandement central. Les obscurités et les cloisonnements de l'action clandestine rendaient la tâche malaisée: on conçoit aussi les inquiétudes qui pouvaient se former, les malentendus qui pouvaient se produire. A présent que l'analyse rétrospective permet de considérer la complexité de l'un des plus profonds mouvements de la nation française, on est en droit de proclamer que, à travers toutes les divergences et toutes les difficultés, il y a eu, en tous les points du territoire, un élan spontané du peuple pour lutter contre la déportation, contre toutes les formes de l'oppression, en même temps que la création patiente, obstinée, constamment mise en péril et mutilée, d'une vaste et puissante machine qui s'efforçait d'administrer et d'ordonner et qui, sur le plan militaire, a abouti à l'organisation des F. F. I. Et ces deux forces, ces deux volontés, l'une qui animait et surgissait, l'autre qui donnait forme, expression et unité, se sont rejointes pour faire ce qui s'appela et s'appellera la Résistance. De la Résistance, on peut dire ce qui a été dit de la Révolution Française considérée dans son ensemble, dans sa vertu essentielle, dans sa signification et son sens : elle est un bloc. La Résistance est un bloc. C'est un moment de notre histoire. C'est une de ses idées et de ses actions. C'est une des figures qu'a prises la France au cours de sa durée épique. Et il appartient aux générations futures de demeurer attachées à ce moment de la France, à cette œuvre de la France, comme elles demeurent attachées à la Révolution Française. Il leur appartient de s'en réclamer comme l'une de leurs origines toujours vivantes et fécondantes.

    A certains instants du journal de campagne du chef Mompezat, on percevra tels des conflits et des agacements que les conjonctures quotidiennes faisaient naître, surtout dans un département aussi partagé que le Tarn, et dont la diversité géographique suffisait peut-être à justifier une certaine humeur individualiste. J'ai été, moi-même, placé de sorte à avoir connaissance de ces incidents et de ces incidences. Je puis maintenant, à tête froide et en regardant en arrière, en discerner les raisons et les évaluer à leur faible importance. Je puis aussi estimer comme un devoir capital la nécessité de replacer les détails dans l'ensemble et d'affirmer le mérite symbolique et réel de cet ensemble, son âme et son efficacité.

    Voici donc l'histoire, aux jours suprêmes de la Libération, d'un de ces maquis - et l'un des plus vaillants - qui ont assuré, devant le monde, l'existence de la France. Elle est exactement et rudement contée. Et devant les péripéties et les exploits du Corps Franc de la Montagne Noire, devant les coups d'audace et les décisions de ses chefs, le sacrifice obscur de tant de morts, on se sent saisi d'un sentiment de fraternelle fierté et l'on se dit que c'est cela ce souvenir et cet esprit, qu'il s'agit de préserver, de perpétuer vivants parmi les inspirations qui doivent nous faire agir. Le Corps Franc de la Montagne Noire est un de ceux qui ont asséné aux Allemands les plus rudes coups, précipité leur déroute, permis à notre pays de relever la tête, de déclarer qu'il n'était pas un objet passif d'armistices et de combinaisons, mais une nation, celle-là même qui a inventé ce que c'est qu'une nation.     

    Dans l'initiative et le sang de ces garçons, dans son peuple et par son peuple elle renaissait à la vie nationale, participait à sa délivrance. Comme les combattants de tous les maquis, ceux de la Montagne Noire venaient de partout, et il faut, dans notre pensée, les maintenir confondus en cette camaraderie merveilleuse qui fut celle de la Résistance et qui est la conscience profonde, anonyme, énergique et sainte du peuple. Le journal de Mompezat est une précieuse contribution aux annales de ce peuple de France, et l'on souhaite de voir abonder les témoignages de cette sorte. Il faut que la France prenne conscience de ce qu'elle a fait afin de savoir ce qui lui reste encore et toujours à faire, et que l'étranger reprenne une connaissance claire de cette France qu'il a vu tomber si bas et qu'il n'a pas reconnue. Il doit désormais la reconnaître.

    Les morts de la Montagne Noire crient la vérité et, grâce à eux, les survivants reconstituent la nation Française.
 
Jean Cassou


 

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