Avant - Propos de Jacques Fijalkow
Je voudrais en quelques mots tenter de répondre
à deux questions qui m'ont été souvent posées concernant le colloque
qui s'est tenu à Lacaune les 15 et 16 septembre 2001 : « Pourquoi à
Lacaune ? » et « Pourquoi vous ? » .
Les deux questions sont pertinentes, puisque
les colloques se déroulent généralement dans des villes universitaires
et que Lacaune n'en est pas une à ce jour. Par ailleurs, ce colloque
étant un colloque d'histoire, et que je suis chercheur en psychologie
et non en histoire, il est tout à fait légitime de se demander ce qui
m'a amené à travailler à ce projet. .
Pour répondre très brièvement à ces deux questions, je me contenterai
d'indiquer cinq points de repère biographiques chronologiquement ordonnés,
histoire oblige. .
Tout d'abord, suivant une décision préfectorale
du 28 mars 1942, des familles juives résidant dans le sud de la France
furent assignées à résidence à Lacaune. Ma famille, c'est-à-dire mon
père, ma mère et moi-même, se retrouva donc à Lacaune début 1942. J'avais
alors un peu plus de 1 an.
En août 1942 et février 1943 eurent lieu à Lacaune
deux rafles qui emportèrent 119 personnes parmi les Juifs assignés à
résidence dans la commune. Aucune d'entre elles ne revint des camps
de concentration où elles furent déportées. Mon père faisait partie
des vingt-neuf personnes raflées en février 1943.
La guerre finie, les familles juives partirent
peu à peu, à l'exception de ma mère et de moi-même qui restâmes à Lacaune.
Elle est décédée en 1960.
Parti à mon tour, c'est un travail de recherche en histoire, celui de
Sandra Marc, qui, en 1997, m'a ramené à mon village d'origine. Sollicité
en tant que témoin de cette période, j'ai alors été amené à revenir
sur ce passé.
Deux ans plus tard, à la suite du travail de
Sandra et à l'initiative de la mairie de Lacaune, un Mémorial de la
déportation des Juifs de Lacaune était inauguré. Dans son prolongement,
une association était créée, l'association des Amitiés judéo-lacaunaises,
Mémoire juive et Lacaune depuis la Seconde Guerre mondiale, dont j'étais
élu président. L'article 2 de cette association est ainsi libellé :
« Cette association a pour but de maintenir
et de développer les relations entre les survivants et les familles
des Juifs assignés à résidence à Lacaune pendant la Seconde Guerre mondiale
et la population lacaunaise. Elle a également pour but d'assurer un
devoir de mémoire concernant cette période et, dans ce dessein, uvrer
au développement de travaux de recherche consacrés à celle-ci ainsi
qu'à leur diffusion. »
Le bureau de l'association a décidé d'organiser
tous les deux ans à Lacaune une rencontre entre Lacaunais et familles
d'assignés à résidence, et de l'accompagner d'une manifestation publique.
Le colloque dont on trouvera ici les actes est donc la première manifestation
organisée dans cette perspective.

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