PRÉAMBULE
55 ans après, pourquoi cet ouvrage
? par Jean Louman
Simplement pour que les souvenirs, récits et
confidences que nous les anciens combattants de l'ombre mais aussi de
la gloire du Corps Franc de la Montagne Noire nous nous faisons chaque
fois que nous avons la chance, le plaisir de nous retrouver et qu'il
serait vraiment dommage qu'ils disparaissent à tout jamais comme il
en est de nous même les uns après les autres. Depuis quelques années
au sein de l'Amicale qui regroupe les anciens du Corps Franc il était
question que chacun écrive ses souvenirs, le temps passait et l'impulsion
est venue de Jacques Calmel que la plume démangeait particulièrement.
Il a donné l'élan et déclenché une émulation bénéfique auprès de quelques
courageux camarades de combat. Ce ne sont que d'authentiques récits
d'acteurs relatant leurs actions particulières dans certaines situations
qu'il leur a paru bonnes à être relatées à l'intention des générations
futures. Les styles en sont évidemment très différents et même pour
un même combat chaque combattant à sa place particulière n'a pas pu
avoir la même vision et appréciation des faits qu'un autre camarade
à une autre position, mais c'est un gage d'authenticité et de vérité.
Nous avons placé les différents récits qui s'étalent du 22 avril à Martinou
près de Lacaune dans le Tarn jusqu'au 8 mai 1945 à Randen en Allemagne
dans un ordre chronologique et pour souder et rendre plus compréhensif
l'ensemble des combats que ponctuent ces relations d'actions particulières
les avons entourés et reliés d'éléments plus généraux empruntés au journal
de marche du Corps Franc de la Montagne Noire. Nous n'avons pas voulu
que meurent avec nous nos souvenirs et sur tout l'esprit qui nous a
animé et a motivé notre engagement, nous vous les présentons, quelques
uns avec un certain talent de narration et beaucoup plus simplement
et modestement pour d'autres, mais sachez vous qui nous lisez qu'ils
ont surtout été écrits avec notre cur en pensant au sang de nos
camarades qui ne pourront jamais parler et avec qui nous avons lutté
pour la liberté et la fraternité. Ces quelques pages sont bien dans
l'esprit des paroles du commandant Mompezat qui a dit à propos du journal
de marche du Corps Franc de la Montagne Noire "Ce journal de marche
est un document véritable, un témoignage exact de la vie d'une troupe
de combattants volontaires sous l'occupation Allemande". Véridique,
exact, ce document n'est pourtant pas complet. Il ne dit pas, il ne
fait pas entendre au lecteur la vie bruyante bien que disciplinée de
ces centaines de jeunes hommes qui ont abandonné leur situation, leur
famille, leur village, pour se battre contre un ennemi presque toujours
considérablement supérieur en nombre et en matériel. Ils avaient tout
à craindre: la force réelle, la combativité d'adversaires aguerris et
hélas, la trahison de certains français. Ils n'ignoraient pas le sort
qui pouvait leur être réservé chaque jour, chaque heure par un ennemi
impitoyable. Et malgré tout ils chantaient dans les forêts de la Montagne
Noire, dans les rochers du Cabardès, parmi les cailloux des Monts de
l'Espinouse. le Corps Franc, ce fut une chanson constante contre les
intempéries, contre la fatigue, contre la mort, contre Pétain et contre
Hitler; ce fut la chanson de l'espoir des jeunes Français devant les
pleurnicheries et les jérémiades des vieillards de Vichy.
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AVANT-PROPOS
Je sais que les témoins d'un événement peuvent se tromper avec
sincérité... Il doit y avoir la proportion d'inexactitude sur les
détails qui existe statistiquement dans les témoignages humains...
Jean Guitton
Cinquante-quatre ans après la libération
du sud ouest de la France l'histoire des combats qui l'ont rendue
possible oscille entre les chansons de geste, la mythologie idéologique,
les tartarinades des ouvriers de la onzième heure, les dénigrements
intéressés ou l'indifférence calculée envers cet autre "détail"
de la guerre contre l'occupant. Le Journal de marche du corps franc
de la Montagne noire a eu le mérite d'en fixer le calendrier; l'organisation
des unités, le déroulement des engagements et leurs résultats, bons
ou mauvais, et même l'ambiance qui y régnait. Édité dès 1945, tous
les acteurs pouvaient contester les textes que le Commandant Roger
Mompezat avait établi en s'appuyant sur les compte rendus des commandants
d'unité et des acteurs les plus engagés. Il avait d'ailleurs pris
la peine de les soumettre, avant de les confier à l'imprimeur, à
des hommes dont l'intégrité morale n'a jamais été mise en doute,
qu'il s'agisse de l'abbé de Villeneuve, du capitaine de Kervenoaël
ou d'Antoine Carceller: Cette authenticité en a fait une des références
de l'histoire de la Résistance dans notre pays. Il n'en demeure
pas moins que ce texte, obéissant aux règles du genre, privilégie
l'action au détriment de la chaleur humaine. Synthétique, il ne
laisse guère de place à ce que fut la vie de tous les jours, à l'aventure
personnelle de ceux, pour la plupart adolescents, qui se trouvèrent
brutalement soumis au baptême du feu, à l'horreur de la guerre,
aux combats corps à corps mais qui virent aussi se développer l'inoubliable
solidarité et camaraderie qui en marque définitivement les acteurs.
Ces aspects humains devenus souvenirs, qui se révélaient au fur
et à mesure que les assemblées générales annuelles se succédaient
rassemblant toujours de plus en plus de monde, ont connu un point
d'orgue à l'occasion des cérémonies du cinquantenaire des combats
du Corps Franc. L'idée de les rassembler dans un livre qui compléterait
le Journal de Marche et permettrait aux générations futures de mieux
apprécier ce que fut au quotidien la vie des cavaliers du CFMN fut
exprimée à plusieurs occasions. Elle fut à l'origine de la création
du "Contact" édité par le Bureau de l'Association qui publia les
premières lettres, les premiers récits, les premières anecdotes
susceptibles d'inciter les anciens à surmonter la "crampe de l'écrivain
" qui atteint la plupart d'entre nous devant une feuille de papier
à lettres.
C'est tout à l'honneur de Jacques
Calmel d'avoir mis son talent et son dynamisme au service de I'Association
en rédigeant ce qui aurait pu être un véritable livre d'auteur comme
celui qu'il a édité sur l'Afrique noire, s'il n'avait relaté que
les faits où il se trouvait personnellement engagé. Il a bien voulu
que son apport s'intègre dans un ensemble plus vaste, ouvert à tous
ceux qui, encore vivants, ont accepté d'apporter leur pierre à l'édification
du présent ouvrage. Qu'il en soit remercié !
Un " comité de lecture " animé par Jean Louman pour le Corps franc
et Roger Langlois pour ce qui touche à la 1° Armée, a entrepris
la rude tâche de confectionner ce livre sollicitant les apports,
recoupant les informations recueillies, aidant certaines mémoires
défaillantes à retrouver un nom ou un lieu ...
A ce travail de bénédictin s'est ajouté
celui inhérent à l'édition de tout livre, surtout quand les responsables
tiennent à rester dans la tradition du Corps Franc : " Bon renom
" oblige !
Naturellement ce livre n'est pas exhaustif
car avant d'être sollicités de porter leur témoignage, de trop nombreux
acteurs avaient déjà rejoint dans la tombe nos camarades morts au
combat. D'autres n'ont pas voulu, ou n'ont pas pu, faire l'effort
méritoire de coucher sur le papier ce qu'ils racontaient volontiers
à l'occasion de nos rencontres; il aurait fallu pouvoir les enregistrer
et transcrire leurs récits. D'autres aigris par la vie, la maladie
ou l'oubli n'ont pas voulu participer ...
C'était inévitable. Le désir de ne
rien occulter de la vie passée en commun, le risque de blesser certains
camarades par l'omission de ce qui leur tenait à cur, une
certaine pudeur à livrer au public la vie personnelle de leurs camarades
dont certains ont disparu, ont longtemps paralysé le passage à l'acte
de ceux qui envisageaient l'édition de cette "mémoire du Corps Franc
".
Quoiqu'il en soit, c'est fait! Tel qu'il est ce livre se veut surtout
un témoignage pour les générations futures. Qu'elles sachent en
le lisant que les plus grandes épopées sont faites en définitive
par des hommes et des femmes qui n'ont rien d'exceptionnel si ce
n'est que d'avoir à mettre en conformité, fut-ce au péril de leur
vie, leurs actes avec l'idéal qui les anime.
Ici il s'agissait de la Liberté; souhaitons
à nos enfants et petits enfants qu'ils n'aient pas à la défendre
à leur tour les armes à la main
Jean Bardiès, dit " Baptiste " Président honoraire

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