"AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE ÉDITION"
En faisant précéder le premier volume de cette Histoire de la Résistance
en France* de quelques lignes liminaires qui ne sont ni un « avant-propos
» ni une « introduction », mais bien effectivement un avertissement au
lecteur, nous souhaitons éclairer celui-ci sur les conditions dans lesquelles
ce travail collectif a pu être réalisé, sur ses limites, que nous avons
nous-mêmes fixées, sur ses lacunes, que nous sommes les premiers à connaître,
et enfin sur une présentation un peu particulière que nous avons cru devoir
adopter .
Lorsque nous avons décidé d'entreprendre tous trois ce travail historique, nous pensions en avoir mesuré la
difficulté. Mieux, nous l'avions cherchée, puisque notre propos était de démontrer (et peut-être, d'abord, de
nous démontrer à nous-mêmes...) qu'il nous était possible de faire oeuvre d 'historiens en évoquant une période
au cours de laquelle, si nous nous étions trouvés pleinement engagés dans un même combat, chacun de nous avait
cependant su préserver intactes des convictions qui nous faisaient appartenir à des « familles » politiques ou
spirituelles très différentes.
Nous pensions que la bonne foi et une amitié scellée par la lutte menée en commun nous permettraient de sur-
monter toutes les traverses.
Chacun de nous reste aujourd'hui plus que jamais convaincu de la bonne foi des deux autres - et notre amitié,
du fait même qu'elle demeure intacte, s'en trouve renforcée. Car l'entreprise, finalement, s'est révélée plus
difficile encore que nous ne pouvions le penser: c'était, à dire vrai, une gageure.
Certes, il est facile, lorsqu'on se retrouve, fraternellement unis aux «Amitiés de la Résistance», d'acclamer
à chaque rencontre cette devise: « On se souvient de ce qui nous a unis, on oublie ce qui nous divise. » Mais
l'Histoire a des impératifs qui ne s'accommodent guère d'une telle formule. Car évoquer les années, pour
certains déjà lointaines, mais pour nous encore si proches, du combat clandestin, c'était inévitablement faire
resurgir de nos mémoires non seulement ce qui nous a unis, mais encore ce qui nous divisait - et parfois nous
divise encore.
Il demeure donc quelques points d'histoire sur lesquels il ne nous a pas été possible - et même sur lesquels
il ne nous a pas paru souhaitable - de trouver coûte que coûte un commun dénominateur.
Pour ce premier volume, ces points font l'objet, de la part de l'un d'entre nous, d'une note annexe dans
laquelle, en toute liberté et sous sa seule responsabilité, il exprime les réserves qu'il a estimé, en conscience,
devoir formuler.
Peut-être, dans l'un ou l'autre des prochains tomes, une autre « minorité » sera-t-elle amenée, de la
même façon, à s'exprimer. Elle le fera, en tout cas, avec la même liberté - et cette opinion divergente sera
accueillie avec la même estime et le même respect.

Venons-en aux limites.Elles se trouvent définies par le titre même que nous avons choisi. Mais peut-être n'est-il
pas inutile de le rendre plus explicite.
Il ne s'est agi, pour nous, que d'écrire une Histoire de la Résistance en France, et non I 'Histoire de la
Résistance française. Ceci excluait les combats menés par des Français sur tous les autres fronts de la guerre
mondiale, en Afrique avec Leclerc et Krenig, en Indochine face à l'occupant japonais, sur mer avec les marins des
Forces Navales Françaises Libres ou dans le ciel de Russie par les escadrilles du groupe Normandie-Niemen. De même,
il ne sera pas question dans cet ouvrage de la Résistance organisée et conduite par des Français derrière les barbelés
des camps de concentration, des Oflags ou des Stalags.
Mais il ne s'est pas agi seulement d'écrire une histoire
de la Résistance intérieure française, car cela eût exclu tous ceux qui ont partagé, sur le sol de France, les dangers
de notre combat clandestin: envoyés de la France Libre, agents du S.O.E., de l'I.S. ou, plus tard, de l'O.S.S.,
missions Jedburgh, réseaux belges, polonais ou tchécoslovaques, guerrilleros espagnols, groupes de la M.O.I...
Les lacunes, enfin. . .Elles étaient inévitables, elles sont innombrables, et nous savons d'avance que certains les
jugeront considérables.
Il fallait ou bien se résoudre à les admettre, ou renoncer à écrire un tel livre - et compromettre, du même coup, les
chances de voir un jour cette Histoire plus complètement et plus définitivement écrite.
En effet, d'une part, par le jeu même d'une règle que subissent, en France, tous les historiens, une masse importante
de documents essentiels se trouve bloquée aux Archives nationales jusqu'à l'expiration du délai fatidique de cinquante
ans, de telle sorte que moins d'un demi-siècle après une période historique quelconque, il n'est pas matériellement
possible de l'évoquer avec la certitude de disposer de tous les matériaux existants.
Mais, d'autre part, attendre, pour entreprendre un tel travail, que soient écoulées ces cinquante années, c'eût été
renoncer à ce que cette Histoire fût non seulement écrite, mais encore discutée - et contrôlée - par ceux qui l'ont
vécue.
Qu'il nous soit donc permis de penser que dans vingt-cinq ans, quand s'ouvriront les archives, les jeunes historiens
qui se pencheront sur 1 'Histoire de la Résistance pourront considérer notre travail - et les réactions qu'il aura
pu susciter -, comme une utile contribution à l'Histoire de la Résistance en France. Nous n'en demandons pas davantage.
Traitant, dans ce premier volume, de la première année de la Résistance, nous avons été amenés en raison du petit no
mbre des participants aux débuts de l'action de résistance, à entrer dans les détails, à consacrer une assez large place
à des initiatives d'une portée très limitée, et à citer des noms de résistants n'ayant jamais agi qu'à un échelon local.
C'était nécessaire, si l'on voulait s'efforcer de dégager
le véritable visage de cette « première génération » de la Résistance, dont les participants furent sans aucun doute,
moins nombreux que certains ne l’ont prétendu par la suite - mais plus nombreux, néanmoins, que d'autres n'ont voulu le
laisser croire.
Encore devons-nous dire que si nous avons cité beaucoup de noms, nous n'avons pas la prétention de les avoir cités tous.
Et lorsqu'on verra, par la suite, apparaître, au fil des mois et des années, des résistants dont il n’aura pas été question
dans ce premier volume, cela ne voudra pas dire que,
selon nous,. aucun de ceux-là n'aura commencé à agir dans la Résistance dès 1940 ou dès les premiers mois de 1941.
Il faut ajouter que plus nous avancerons dans le temps, nous pourrons, par la force des choses nous attacher aux détails.
Autant il est nécessaire de décrire un premier parachutage, une des premières opérations « plck -up » en Lysander, autant
il deviendrait fastidieux de les décrire tous. Le lecteur devra donc peu à peu s'habituer à considérer ces descriptions,
ou ces récits comme ayant une valeur exemplaire.

Ajoutons. que certains nous ont fait grief, après avoir pris connaissance du manuscrit de ce livre d'avoir accordé trop
d'importance à des actions mineures à des faits de résistance n'ayant pu peser sur le cours de la guerre: la diffusion
d'un tract, un sabotage isolé, alors que certaines activités, comme la transmission de renseignements militaires, ont
pendant longtemps été les seuls éléments de poids portés au crédit de la France Libre.
C'est vrai. Mais en relatant les faits, nous ne portons pas un jugement de valeur. Et il nous a paru important, dans
cette « chronique » de la Résistance, de montrer justement que la Résistance en France fut faite de la juxtaposition
constante d'actions mineures et de grandes entreprises, d'héroïsme gratuit et de desseins plus ambitieux.
Quelques mots, encore, avant d'en terminer avec cet « avertissement », sur la présentation que nous avons cru devoir
adopter .
Le lecteur trouvera en tête de chaque chapitre - c'est-à-dire pour chaque mois - un rappel des principaux événements
survenus en France et dans le monde.
Il ne s'agit en aucune façon d'une « chronologie du conflit mondial » : l'ouvrage de Céré et Rousseau * *reste dans
ce domaine, irremplaçable. Mais nous avons pensé qu'il n'était pas inutile d'épargner de fastidieuses recherches à ceux,
qui souhaitent confronter l'évolution parallèle de la Résistance française et des événements qui, tout en lui étant
extérieurs, n'ont pu manquer d'agir sur elle, jouant d ailleurs plus souvent le rôle d'un accélérateur que celui d'un
frein.
Le choix que nous avons été amenés à faire du fait même qu'il est un choix, est nécessairement subjectif. Il nous est
donc arrivé d'évoquer des faits que certains de nos lecteurs trouveront peut-être mineurs et d'omettre délibérément
d'en citer d'autres, qu'on nous reprochera peut-être d'avoir ainsi minimisés. C'est un risque que nous avons pensé pouvoir
prendre. D'abord parce que
cette sélection ne reflète pas le sentiment d'un seul auteur. . . Et ensuite parce que ces « chronologies constituent,
malgré tout, qu'un complément très accessoire, en marge de notre sujet.
A la fin de chaque chapitre se trouvent les références aux sources citées. Elles correspondent aux petits chiffres romains
qui figurent à la suite de chaque citation. Par contre, les quelques notes qui apportent au lecteur des précisions ou des
éclaircissements se trouvent en bas de page et sont appelées par des astérisques.
Enfin, on trouvera à la fin de chaque volume, outre les documents annexes, un index des noms cités. Pour le répertoire des
sigles, nous l'avons plus logiquement fait figurer en tête de chaque volume.
* Qu'il nous soit permis d'exprimer notre
gratitude à Henri Michel et aux Presses Universitaires de France qui ont
bien voulu. par courtoisie confraternelle, nous autoriser à conserver
ce titre. En effet, peu de jours avant la mise au point définitive des
épreuves de ce livre, paraissait, également sous le titre « Histoire de
la Résistance », une nouvelle édition, revue et complétée de l'excellent
«Que Sais-je?» d'Henri Michel, précédemment publié sous le titre « La
Résistance Française ».
* * Roger Céré et Charles Rousseau; Chronologie du Conseil mondial (1939-1945).
S.E.F.I.

PREFACE de l'EDITION REVUE ET CORRIGEE
C’est en 1967 que Robert Laffont, associant son nom à une entreprise dont on ne pouvait encore mesurer les
proportions - puisque nous les ignorions nous-mêmes... - a publié le premier tome de cette Histoire de la Résistance
en France.
Les travaux préparatoires: étude de la bibliographie existante, recherche et enregistrement des témoignages,
confrontation des sources, avaient été entrepris depuis plus de deux ans.
Il se sera donc écoulé, finalement, une quinzaine d'années entre la mise en chantier du premier volume et
la parution de la présente édition.
Entre-temps paraissaient les trois tomes suivants: en 1969, toujours avec Marcel Degliame-Fouché et Jean-
Louis Vigier, le tome II, puis en 1972 et 1976, avec Marcel Degliame-Fouché, les tomes III et IV, soit au total,
pour ces quatre premiers volumes - et pour ces quinze années. . . - 2672 pages. Le cinquième et dernier tome
est, au moment où ces lignes sont écrites, en cours d'achèvement.
Depuis 1967, à diverses reprises, et notamment en 1968, 1972 et 1977, il a été procédé à des réimpressions
du tome I qui n'ont donné lieu, chaque fois, qu'à des corrections n'entraînant pas de profonds remaniements :
rectifications portant sur l'orthographe de certains noms propres, sur quelques erreurs matérielles de détail ou sur
des omissions lors de l'établissement de l'index des noms cités
Nous avons, cependant, au cours de ces quinze ans, accumulé des matériaux historiques nouveaux susceptibles de
modifier - et surtout de compléter - l'oeuvre entreprise.
C'était inévitable, car si la progression des connaissances, dans tous les domaines, est constante, elle l'est plus
encore lorsqu'il s'agit de l'histoire contemporaine. Et c'est particulièrement vrai en ce qui concerne le
premier tome de notre Histoire de la Résistance en France pour les trois raisons suivantes :
1) Lorsque nous nous sommes efforcés, pendant deux ans, de 1965 à 1967, de recueillir les informations et
les témoignages que pouvaient nous fournir ceux qui avaient
quelque chose à dire sur la grande aventure de la Résistance, nous nous sommes heurtés à des difficultés aisément
compréhensibles: simple pudeur de la part de certains qui éprouvaient quelques scrupules à évoquer leurs exploits;
scepticisme de la part debeaucoup d'autres qui, soucieux de réserver leur témoignage à une entreprise dont ils
auraient pu contrôler l'honnêteté historique, préféraient juger sur pièces avant de s'engager . . .

2) Après la parution du premier tome, donc trop tard pour que nous ayons
pu disposer, pour ce volume, de tous les matériaux que nous avions souhaité
rassembler et mettre en oeuvre, ces deux obstacles ont été pratiquement
levés. Il ne nous appartient pas de dire ici que notre entreprise, inévitablement
incomplète, est apparue sérieuse non seulement aux critiques mais surtout
- et c'est ce qui comptait pour nous - aux anciens résistants.
Le fait est, en tout cas, que de la part de ceux-ci comme sous la plume de ceux-là, notre travail a été pris en
considération. Dès lors ont commencé à affluer, pour les volumes suivants, de nouveaux témoignages, émanant des
principaux dirigeants de la Résistance française ou encore d'innombrables « obscurs et sans-grades » sans lesquels
il n'y eût pas eu de Résistance.
Bien entendu, pour toutes ces sources nouvelles, nous ne nous sommes pas
contentés de recueillir les informations susceptibles de nourrir les ouvrages
en préparation : nous avons demandé à tous ceux qui avaient participé
aux actions de la Résistance au cours de la première période, déjà traitée
dans le premier tome, de nous fournir des éléments pouvant être un jour
intégrés dans une nouvelle édition, revue et complétée.
3) Depuis 1965, la bibliographie de la Résistance s'est enrichie d'un nombre considérable d'ouvrages d'une
valeur inappréciable pour l'historien. Mémoires portant des signatures prestigieuses et souvenirs écrits par de
modestes résistants « du rang » se sont alignés sur les rayons de notre bibliothèque. Ils y voisinent avec une
série de livres dont les auteurs, historiens de la génération suivante, n'ont pas vécu directement, comme acteurs
engagés, les événements qui se sont déroulés en France et dans le monde de 1940 à 1945, mais en ont acquis une connaissance scientifique qui provoque bien souvent la surprise et l'admiration chez ceux dont ils retracent les combats.
Enfin sont venus s'ajouter à ces travaux historiques imprimés des mémoires encore inédits ou des monographies non encore publiées qui nous ont été communiqués par leurs auteurs, anciens résistants ou historiens.
Ces sources nouvelles, nous les avons, bien entendu, citées dès que nous avons pu en disposer. Elles restaient à
exploiter dans les tomes déjà publiés.L'édition revue et complétée qui paraît aujourd'hui comporte donc, notamment pour les deux volumes qui correspondent au tome 1 de la première édition, des modifications et des additions importantes. Quarante sources nouvelles y sont citées - certaines à plusieurs reprises. Plusieurs documents nouveaux figurent aux annexes.
Le lecteur désireux de confronter cette nouvelle édition à la précédente trouvera, pour chaque chapitre, à la
rubrique « sources », l'indication des textes qui, précédemment, n'avaient pas été cités. Il trouvera en outre
page 363, en tête des annexes, des précisions concernant les nouveaux documents annexés.

Henri Noguères
Sous l'occupation, Henri
Noguères participe à la reconstitution clandestine du parti socialiste,
devient chef régional de Franc-Tireur pour la région R.3 (Montpellier),
membre du directoire régional des M.U.R.-M.L.N., chef des groupes francs
de la Délégation militaire régionale.
Journaliste, il est également président de la Ligue des droits de l'homme.
Historien, il est notamment l'auteur de "La vie quotidienne en France
au temps du Front populaire".
La vie quotidienne des résistants de l'armistice à la Libération
C'est en témoin et en chroniqueur qu'Henri Noguères
décrit ce que fut la vie quotidienne des résistants. Il
montre l'extraordinaire diversité d'opinions, de croyances, d'origines sociales des légaux comme des clandestins. Combattants du rail ou imprimeurs, fonctionnaires
"napés" ou "bons gendarmes", avocats, médecins, devenant pour les besoins de la cause passeurs, dynamiteurs,
espions, tout un monde à part menant une double vie
dans une société française d'abord figée dans la défaite.
Henri Noguères fait aussi revivre la transformation qui va
s'accomplir au fil des mois. Le gibier, de plus en plus, se
fera chasseur: les clandestins, les maquisards, "ces fous
qui vivaient dans les bois", ne vont plus se contenter
d'actions symboliques, ils vont harceler l'ennemi, l'attaquer souvent sur son terrain.
En abordant de la sorte la Résistance, Henri Noguères apporte une contribution
importante aux études récentes sur cette période de l'histoire de France.
Il en scrute la légende pour lui rendre sa véritable grandeur.
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