Avant-Propos
Aux sept cents héros connus et inconnus, civils
ou militaires, qui sont tombés sur la terre désormais sacrée du Vercors
je dédie ces pages.
Ce n'est pas un livre d'histoire que j'ai la prétention
de présenter au lecteur. Les événements qui se sont déroulés dans cette
région des Alpes, à l'époque héroïque de la Résistance, sont encore
trop récents pour qu'il soit possible de les rapporter avec une objectivité
exempte de passion. Plusieurs années devront s'écouler avant que l'on
puisse écrire l'histoire d'un drame dont bien des aspects demeurent
encore obscurs.
Toutefois, pour avoir vécu les jours les plus
tragiques de cette bataille à un poste qui était aussi le meilleur des
points d'observation, il m'a semblé que je ferais uvre utile en
essayant d'éclairer l'opinion sur des faits dont elle sait l'existence
sans en connaître les détails.
Comme chef d'Etat-Major du Vercors, il m'a
été donné d'assister aux différentes phases des combats qui, pendant
deux mois, se livrèrent sur ce haut-lieu du Dauphiné. Il m'a surtout
été permis d'embrasser dans son ensemble le déroulement des opérations
et de connaître les principaux acteurs de cette épopée douloureuse.
Dans ces souvenirs, que je me suis efforcé
de faire apparaître aussi vivants que possible, j'ai voulu avant tout
demeurer dans la vérité. C'est pourquoi je ne raconte que ce que je
sais. D'autres, sans doute, se chargeront un jour de les compléter,
car je ne sais pas tout.
J'ai eu le souci de ne froisser aucune susceptibilité,
et je m'excuse à l'avance si tels de mes compagnons ne trouvent pas
dans ce récit tout ce qu'ils auraient voulu y voir.
En rédigeant ces lignes, j'ai surtout songé
aux morts, à ceux qui ont signé de leur sang l'une des pages les plus
magnifiques de l'histoire de la France. Ils ne doivent pas tomber dans
l'oubli. Leur sacrifice, librement consenti, et, le plus souvent réalisé
dans l'ombre, mérite d'être exalté. On ne dira jamais assez tout ce
qu'ils ont souffert pour redonner à leur patrie le rang qu'elle n'aurait
jamais dû perdre.
L'idéal pour lequel ils ont offert leur vie
doit rester le nôtre.
Nous leur devons notre liberté. Mais nous devons
en revanche à leur mémoire de travailler plus que jamais à la grandeur
et à la prospérité de notre pays.
Ils ont aimé passionnément la France. Le message
qu'ils nous ont laissé est une leçon d'union et d'amour. C'est à nous,
qu'attendent des tâches constructives, de nous en souvenir.
Rien ne se bâtit dans la haine, on ne construit que dans l'amour.
CdtPierre Tanant
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