Corps Franc Montagne Noire   et Résistance

Travail collectif coordonné
par Jean Louman

 

 

MEMOIRES DES COMBATTANTS VOLONTAIRES DU CORPS FRANC DE LA MONTAGNE NOIRE  

 

 

Editions des Anciens du CFMN
En vente au Militarial - 1945 - 243 pages.

 


PRÉAMBULE

55 ans après, pourquoi cet ouvrage ? par Jean Louman

Simplement pour que les souvenirs, récits et confidences que nous les anciens combattants de l'ombre mais aussi de la gloire du Corps Franc de la Montagne Noire nous nous faisons chaque fois que nous avons la chance, le plaisir de nous retrouver et qu'il serait vraiment dommage qu'ils disparaissent à tout jamais comme il en est de nous même les uns après les autres. Depuis quelques années au sein de l'Amicale qui regroupe les anciens du Corps Franc il était question que chacun écrive ses souvenirs, le temps passait et l'impulsion est venue de Jacques Calmel que la plume démangeait particulièrement. Il a donné l'élan et déclenché une émulation bénéfique auprès de quelques courageux camarades de combat. Ce ne sont que d'authentiques récits d'acteurs relatant leurs actions particulières dans certaines situations qu'il leur a paru bonnes à être relatées à l'intention des générations futures. Les styles en sont évidemment très différents et même pour un même combat chaque combattant à sa place particulière n'a pas pu avoir la même vision et appréciation des faits qu'un autre camarade à une autre position, mais c'est un gage d'authenticité et de vérité. Nous avons placé les différents récits qui s'étalent du 22 avril à Martinou près de Lacaune dans le Tarn jusqu'au 8 mai 1945 à Randen en Allemagne dans un ordre chronologique et pour souder et rendre plus compréhensif l'ensemble des combats que ponctuent ces relations d'actions particulières les avons entourés et reliés d'éléments plus généraux empruntés au journal de marche du Corps Franc de la Montagne Noire. Nous n'avons pas voulu que meurent avec nous nos souvenirs et sur tout l'esprit qui nous a animé et a motivé notre engagement, nous vous les présentons, quelques uns avec un certain talent de narration et beaucoup plus simplement et modestement pour d'autres, mais sachez vous qui nous lisez qu'ils ont surtout été écrits avec notre cœur en pensant au sang de nos camarades qui ne pourront jamais parler et avec qui nous avons lutté pour la liberté et la fraternité. Ces quelques pages sont bien dans l'esprit des paroles du commandant Mompezat qui a dit à propos du journal de marche du Corps Franc de la Montagne Noire "Ce journal de marche est un document véritable, un témoignage exact de la vie d'une troupe de combattants volontaires sous l'occupation Allemande". Véridique, exact, ce document n'est pourtant pas complet. Il ne dit pas, il ne fait pas entendre au lecteur la vie bruyante bien que disciplinée de ces centaines de jeunes hommes qui ont abandonné leur situation, leur famille, leur village, pour se battre contre un ennemi presque toujours considérablement supérieur en nombre et en matériel. Ils avaient tout à craindre: la force réelle, la combativité d'adversaires aguerris et hélas, la trahison de certains français. Ils n'ignoraient pas le sort qui pouvait leur être réservé chaque jour, chaque heure par un ennemi impitoyable. Et malgré tout ils chantaient dans les forêts de la Montagne Noire, dans les rochers du Cabardès, parmi les cailloux des Monts de l'Espinouse. le Corps Franc, ce fut une chanson constante contre les intempéries, contre la fatigue, contre la mort, contre Pétain et contre Hitler; ce fut la chanson de l'espoir des jeunes Français devant les pleurnicheries et les jérémiades des vieillards de Vichy.


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AVANT-PROPOS  

Je sais que les témoins d'un événement peuvent se tromper avec sincérité... Il doit y avoir la proportion d'inexactitude sur les détails qui existe statistiquement dans les témoignages humains... Jean Guitton  

     Cinquante-quatre ans après la libération du sud ouest de la France l'histoire des combats qui l'ont rendue possible oscille entre les chansons de geste, la mythologie idéologique, les tartarinades des ouvriers de la onzième heure, les dénigrements intéressés ou l'indifférence calculée envers cet autre "détail" de la guerre contre l'occupant. Le Journal de marche du corps franc de la Montagne noire a eu le mérite d'en fixer le calendrier; l'organisation des unités, le déroulement des engagements et leurs résultats, bons ou mauvais, et même l'ambiance qui y régnait. Édité dès 1945, tous les acteurs pouvaient contester les textes que le Commandant Roger Mompezat avait établi en s'appuyant sur les compte rendus des commandants d'unité et des acteurs les plus engagés. Il avait d'ailleurs pris la peine de les soumettre, avant de les confier à l'imprimeur, à des hommes dont l'intégrité morale n'a jamais été mise en doute, qu'il s'agisse de l'abbé de Villeneuve, du capitaine de Kervenoaël ou d'Antoine Carceller: Cette authenticité en a fait une des références de l'histoire de la Résistance dans notre pays. Il n'en demeure pas moins que ce texte, obéissant aux règles du genre, privilégie l'action au détriment de la chaleur humaine. Synthétique, il ne laisse guère de place à ce que fut la vie de tous les jours, à l'aventure personnelle de ceux, pour la plupart adolescents, qui se trouvèrent brutalement soumis au baptême du feu, à l'horreur de la guerre, aux combats corps à corps mais qui virent aussi se développer l'inoubliable solidarité et camaraderie qui en marque définitivement les acteurs. Ces aspects humains devenus souvenirs, qui se révélaient au fur et à mesure que les assemblées générales annuelles se succédaient rassemblant toujours de plus en plus de monde, ont connu un point d'orgue à l'occasion des cérémonies du cinquantenaire des combats du Corps Franc. L'idée de les rassembler dans un livre qui compléterait le Journal de Marche et permettrait aux générations futures de mieux apprécier ce que fut au quotidien la vie des cavaliers du CFMN fut exprimée à plusieurs occasions. Elle fut à l'origine de la création du "Contact" édité par le Bureau de l'Association qui publia les premières lettres, les premiers récits, les premières anecdotes susceptibles d'inciter les anciens à surmonter la "crampe de l'écrivain " qui atteint la plupart d'entre nous devant une feuille de papier à lettres.
     C'est tout à l'honneur de Jacques Calmel d'avoir mis son talent et son dynamisme au service de I'Association en rédigeant ce qui aurait pu être un véritable livre d'auteur comme celui qu'il a édité sur l'Afrique noire, s'il n'avait relaté que les faits où il se trouvait personnellement engagé. Il a bien voulu que son apport s'intègre dans un ensemble plus vaste, ouvert à tous ceux qui, encore vivants, ont accepté d'apporter leur pierre à l'édification du présent ouvrage. Qu'il en soit remercié !
Un " comité de lecture " animé par Jean Louman pour le Corps franc et Roger Langlois pour ce qui touche à la 1° Armée, a entrepris la rude tâche de confectionner ce livre sollicitant les apports, recoupant les informations recueillies, aidant certaines mémoires défaillantes à retrouver un nom ou un lieu ...
     A ce travail de bénédictin s'est ajouté celui inhérent à l'édition de tout livre, surtout quand les responsables tiennent à rester dans la tradition du Corps Franc : " Bon renom " oblige !
     Naturellement ce livre n'est pas exhaustif car avant d'être sollicités de porter leur témoignage, de trop nombreux acteurs avaient déjà rejoint dans la tombe nos camarades morts au combat. D'autres n'ont pas voulu, ou n'ont pas pu, faire l'effort méritoire de coucher sur le papier ce qu'ils racontaient volontiers à l'occasion de nos rencontres; il aurait fallu pouvoir les enregistrer et transcrire leurs récits. D'autres aigris par la vie, la maladie ou l'oubli n'ont pas voulu participer ...
     C'était inévitable. Le désir de ne rien occulter de la vie passée en commun, le risque de blesser certains camarades par l'omission de ce qui leur tenait à cœur, une certaine pudeur à livrer au public la vie personnelle de leurs camarades dont certains ont disparu, ont longtemps paralysé le passage à l'acte de ceux qui envisageaient l'édition de cette "mémoire du Corps Franc ".
Quoiqu'il en soit, c'est fait! Tel qu'il est ce livre se veut surtout un témoignage pour les générations futures. Qu'elles sachent en le lisant que les plus grandes épopées sont faites en définitive par des hommes et des femmes qui n'ont rien d'exceptionnel si ce n'est que d'avoir à mettre en conformité, fut-ce au péril de leur vie, leurs actes avec l'idéal qui les anime.

     Ici il s'agissait de la Liberté; souhaitons à nos enfants et petits enfants qu'ils n'aient pas à la défendre à leur tour les armes à la main  

 

Jean Bardiès, dit " Baptiste " Président honoraire


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