La « BATAILLE » pour la LIBERATION de CARMAUX

16-17 et 18 Août 1944

Archives et récits recueillis par le Colonel (h) Norbert DELPON

M.D.L. Chef de Sizaine, au groupe Franc « MAGNE » de l’O.R.A. , en août 1944.




Sommaire : 

    1. PREAMBULE :
    2. QUALIFICATIF de « BATAILLE » :
    3. PARTICULARITE :
    4. SITUATION GENERALE :
    5. COMMANDEMENT : E.M. F.F.I. du TARN NORD :
    6. MAQUIS ENGAGES AU COMBAT :
    7. FORCES ALLEMANDES DU TARN NORD :
    8. L’ATTAQUE DE CARMAUX le 16 août 1944.
    9. 1 ère ATTAQUE ALLEMANDE SUR LE FRONT DU GARRIC :
    10. JOURNEE DU 17 AOUT :
    11. JOURNEE DU 18 AOUT :
    12. BILAN DES PERTES :
    13. ENSEIGNEMENTS A TIRER ET REFLEXIONS :



 

 

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PREAMBULE :


Le hasard d’une demande de témoignage en 1994, émanent de la famille de Jacques TROUSSEL du Maquis « ANTOINE », tué puis massacré par les « MONGOLS » lors des combats du Garric le 17 août 1944, m’a engagé dans des recherches, dans les archives de la Libération du Tarn, à Albi et à Paris, ainsi qu’à la rencontre de nombreux témoins survivants.

J’ai pu ainsi découvrir et reconstituer l’ensemble des combats qui ont permis la Libération de CARMAUX, en les présentant sous forme imagée sur carte d’Etat Major, à travers la vision d’un militaire de carrière, pour la mémoire au profit des générations futures.



QUALIFICATIF de « BATAILLE » :

Ce qualificatif peut sembler présomptueux, ce n’était pas VERDUN, ni Le VERCORS, ni le MONT MOUCHET, mais ce n’a pas été pas non plus WATERLOO, cela aurait pu être TULLE avec ses 99 pendus en représailles par la DAS REICH le 9 juin 1944, si les 10 Maquis du Carmausin et les 4 de Gaillac, Graulhet , Teillet et Belmont, n’avaient pas préservé Carmaux d’une reconquête avec certainement des représailles sanglantes exécutées par les Allemands.

Oui, il y a bien eu une véritable « BATAILLE » durant 3 jours autour de CARMAUX, sur un front de 8 kilomètres entre BLAYE et POUZOUNNAC, avec son centre de gravité au carrefour de la RN 88 du GARRIC.

Pour éviter que des renforts Allemands de TOULOUSE, ALBI, et RODEZ ne viennent intervenir de façon décisive dans ces combats incertains, le Colonel « DURENQUE » (Général REDON) commandant les F.F.I. du Tarn, à coordonné les actions de quatre autres Maquis du département, afin de protéger et d’isoler de l’extérieur le front de CARMAUX. A cet effet, de violents combats ont été engagés à RIVIERE, à ALBI (caserne Lapérouse et Camp St. Antoine) et à TANUS.

Cet ensemble d’opérations constitue la BATAILLE de CARMAUX, au cours de laquelle 14 Maquis soit environ

2 000 combattants volontaires, dont la plupart n’avaient pas fait de Service Militaire, équipés seulement d’armes légères pour la guérilla, se sont opposés avec un acharnement forcené, à 2 500 Allemands et « Mongols », professionnels de la guerre, dotés d’armes lourdes, de blindés légers, d’artillerie et d’aviation, dans des attaques, déroutes et contre-attaques pour reprendre le terrain perdu, afin d’éviter que la ville de CARMAUX, la Mine, leurs maisons natales, leurs champs, ne soient à nouveau investis et leurs familles gravement menacées de représailles.



PARTICULARITE :


Cette BATAILLE de 3 jours sur un front en ligne, menée par des Maquis disparates articulés et armés pour la guérilla, est certainement unique en France dans les combats de la Libération, comme la cohésion et le placement sur le terrain, obtenus grâce au commandement de quelques officiers de métier (le Capitaine de DAINVILLE, commandant le front, le Capitaine « Hervé » (Général Lavigne Delville)Chef Militaire du Maquis « Antoine » et le Commandant MAGNE, Groupe Franc de l’O.R.A., suivis et écouté en confiance par tous les Chefs de Maquis engagés, conscients des dangers comme de la nécessité d’être solidaires et coordonnés, dans des combats de cette envergure.

Heureusement que grâce aux parachutages obtenus par le Capitaine « Georges » agent de liaison Anglais du Maquis « ANTOINE », le ravitaillement en munitions a pu permettre d’équilibrer le feu Allemand et de développer nos contre attaques décisives. Le chiffre d’environ 200 000 cartouches tirées durant ces 3 jours figure aux archives.

Cette éclatante victoire des Maquisards sur l’ennemi, a permis à CARMAUX d’être la première agglomération libérée du département et de devenir une des rares villes de France décorée de la Croix de Guerre.



SITUATION GENERALE :

 

Les TROUPES d’Occupation.

Le 16 août 1944, l’effectif des troupes d’occupation dans le Tarn était de 6 000 hommes environ, Carmaux était occupée par une garnison de 400 hommes : (Allemands, Vlassovs, Turkmènes), jusqu’à la mi-juillet 1944.

Une première tentative de libération de la ville a été réalisée à l’initiative des F.T.P. du 13 au 18 juillet 1944, en opposition avec les autres Maquis Vény et C.F.L. craignant des représailles en cas d’échec, mais venus tout de même les appuyer. L’action était développée par le biais d’une grève insurrectionnelle des Mineurs, appuyés par les FTP en armes et en provoquant la désertion au Maquis de soldats de l’OST Légion, troupes Vlassov encadrées par des Allemands.

Une cinquantaine de déserteurs sur 160 escomptés, ont rejoint les FTP-MOI de la 4 214 ème Cie. Les Allemands ont repris la situation en main en remplaçant l’OST Légion par une garnison de Géorgiens, sans effectuer de grandes représailles.

Début août, une centaine de Géorgiens fortement sollicités par les FTP, ont à leur tour rejoint le Maquis, ce qui a engagé les Allemands à réagir pour récupérer 7 de leurs otages, ce qui explique l’attaque et les représailles sanglantes de Jouqueviel le 6 août 1944.

La garnison d’occupation de Carmaux s’est alors trouvée réduite à un effectif de 98 hommes, au moral assez éprouvé.

La POPULATION :

Nous sommes dans le Carmausin, dans une ville de Mineurs, courageux, rudes travailleurs, arrachant le charbon à la pioche au fond des puits à cette époque, intransigeants sur le respect des valeurs qu’ils cultivent sur les traces de JAURES, leur référence; dans une région également de Paysans aussi durs, labourant leurs champs avec une charrue tirée par des boeufs, très jaloux de leurs terres acquises à la sueur de leur front. Les Artisans et commerçants qui faisaient vivre tout ce monde, étaient imprégnés d’un esprit analogue,. En outre, de nombreux réfugiés du Nord et de l’Est, des habitués des invasions de générations en générations, très patriotes en général, repliés à Carmaux lors de la «débâcle » de 1940, complétaient ces populations qui en bloc, ne supportaient pas l’asservissement à l’occupant Allemand. Par ailleurs, un très grand nombre de nos Soldats capturés en 1940 étaient toujours prisonniers en Allemagne.

MILICE - GESTAPO, POLICE - GENDARMERIE :

Dans ce contexte il y avait la Milice, police politique du régime de Vichy, alliée à la Gestapo, qui traquait les Résistants, parfois avec l’aide d’un frange, assez réduite à Carmaux heureusement, de vrais collaborateurs, très dangereux par leurs dénonciations anonymes du fait qu’il connaissaient souvent les résistants.

Les Gendarmes et la Police, organes d’exécution du gouvernement, parfois infiltrés par l’ORA ou la Résistance, n’avaient pas la tâche facile entre le marteau et l’enclume, connaissant la plupart des Résistants et l’implantation des Maquis. Tout excès de zèle de leur part eût été catastrophique pour les Maquisards, comme pour eux même en retour, les Maquis ne faisant pas de sentiment dans ces cas là.

A Carmaux, vivant les réalités de la situation avec les habitants, le coeur des Gendarmes et des Policiers penchait en général vers les Résistants, ils faisaient ce qu’ils pouvaient pour aider ces derniers parfois en prenant aussi des risques, en attendant mieux. Cela n’excluait pas des excès de zèle individuels.

Implantés au beau milieu de tout ce monde, il y avait enfin les Résistants dans la ville ou au Maquis dans les campagnes propices, à 15, 20 Km au Nord et à l’Est de Carmaux.

L’AMBIANCE chez les Maquisards :

Du côté des Maquis il ne faut pas le cacher, des rivalités foncières venant de leur constitution par groupes d’amis sûrs, souvent marqués politiquement, ont cré des situations à la limite du tragique, en cherchant à s’assurer une domination politique future, surtout entre les FTPF, bras armé du parti Communiste et les Groupes « Vény » ou SINOT « Lenoir » de tendance SFIO, l’ORA, fidèle à son apolitisme et à son esprit d’Armée régulière, restait en marge de ces conflits internes, ce qui lui valait d’être en bons termes avec tous.

Heureusement qu’après une période très critique, pendant l’attaque de Carmaux par les FTPF à la mi-juillet 1944, les tensions se sont apaisées pour disparaître lors des combats des 16-17 et 18 août 1944, où ensemble les jeunes Maquisards de « Stalingrad »« Antoine », « Baron », « Lenoir » et les FTP des 4 206 ème Cie., ont combattu l’ennemi « Mongol » au coude à coude, pour la reprise du village du Garric et le Puech de Barret.

Les SEDENTAIRES et les LEGAUX :

Armés d’une mitraillette, plutôt discrets, vivant chez eux, allant normalement au travail et réunis sur ordre la nuit pour aller exécuter une mission en petit groupe (sabotages, transports d’armes, arrestation de Miliciens etc.), puis retournant sagement au travail le matin, ils comptaient, parmi les plus engagés d’entr eux Monsieur VAREILLE instituteur. C’est dans son école de Canitrot que s’effectuait la distribution aux chefs de Maquis, des armes et munitions parachutées à Lucante chez « Antoine ». L’école abritait aussi les réunions de l’Etat Major de la zone « D » commandée par CAVALLIE, « Cdt. Castan ».

Les MAQUIS :

Ceux-ci partant de noyaux d’effectifs réduits implantés début 1943, ils se sont développés à partir de mars - avril 1944, puis gonflés rapidement après le débarquement en Normandie du 6 juin 1944, au fur et à mesure des parachutages d’armes.

Leur mission de base était la guérilla par petits groupes, embuscades, harcèlements, sabotages et la lutte à mort contre les Miliciens et les Collaborateurs les plus dangereux.

L’image des Maquis difusée par certaines rumeurs fut parfois mauvaise, mais ne nous voilons pas la face; à l’époque de la libération nous avons vécu quelques mois dans une ambiance de guerre civile. La vie n’avait pas de prix, les passions étaient exacerbées par l’idéologie et le sectarisme, les bas instincts, la rancune et la jalousie remontaient à la surface. Dans quelques Maquis insuffisamment encadrés il y a eu des excés préjudiciables à une bonne image. De faux Maquisards qui n’étaient que des bandes de brigands profitant de la situation, ont fait aussi beaucouop de mal à notre renommée

Dans 2 des 14 maquis du carmausin, 3 Maquisards coupables d’exactions graves et répétées, furent jugés par un tribunal du Maquis et fusillés pour l’exemple devant leurs camarades, ce qui prouve bien la volonté de leurs chefs de tenir leur troupe.

Tout cela était inévitable dans le contexte vécu,lorsque le pouvoir régulier ne peut plus s’exercer momentanément . Ces faits n’ont concerné dans le Tarn qu’une petite minorité d’individus par rapport à la masse.

Les CHEFS et les CADRES :

Ils étaient très diversifiés dans les Maquis: certains portaient des galons de l’Armée Régulière avec une formation militaire et l’expérience des combats de 1939/40, d’autres avec des grades FFI, temporaires, une grande motivation et une formation succincte.

La TROUPE :

Elle était en grande majorité composée de Mineurs, dont de nombreux Polonais, de Paysans et Artisans du Carmausin tous volontaires, ayant pris le Maquis pour éviter le travail obligatoire imposé en Allemagne, sous les bombes Anglaises et Américaines, qui visaient les usines.

Ces combattants malgré leur inexpérience sans la moindre formation militaire, ont atteint un niveau d’efficacité au combat insoupçonné au départ, grâce à leur volontariat, leur esprit de sacrifice, leur courage, leur motivation pour reconquérir la Liberté et la maîtrise de leur avenir, grace aussi au faitque sur place, ils se battaient sur leur terre natale qu’il fallait libérer de l’occupant et du totalitarisme Nazi. Ils savaient également qu’en cas de capture, c’était la torture assurée, puis la mort habituellement.

Cette Troupe, à laquelle il faut ajouter les Guérilleros Espagnols fer de lance de tous les assauts grâce à leur expérience de la guerre d’Espagne, a montré qu’elle était capable des plus grands sacrifices et que pour la battre il fallait un ennemi motivé, décidé à consentir un prix qui s’est avéré inabordable pour les Allemands et les Mongols d’en face, sans motivation lassés par 5 ans de guerre loin de chez eux, et au moral sérieusement ébranlé.



COMMANDEMENT : E.M. F.F.I. du TARN NORD.


- Chef Département des FFI : Colonel « DURENQUE » (Général REDON) officier d’active

- Adjoint Département Tarn pour les FTPF du 1er Bon. de l’Aveyron : Commandant RAUDEL

Commandant de la zone « D » (‘Nord du Tarrn) : Capitaine « CASTAN » (CAVALLIE) Ingénieur des Mines

- Groupe des Maquis « VENY du Colonel VINCENT en équipe avec MALRAUX dans le Lot » : BERTON responsable Socialiste « Vény » à           Carmaux.

- Adjoint Militaire de « Castan » zone « D » : Capitaine OUDOT de DAINVILLE St. Cyrien d’active, venant de la Légion Etrangère et de l ’ORA.

- Commandant « ANTOINE » (PUECH) grand animateur, entraîneur d’homme, ayant lui même créé son Maquis.

- Adjoint au Maquis « ANTOINE » Capitaine GINESTET

- Adjoint Militaire « ANTOINE » : Capitaine « HERVE » ‘(Général LAVIGNE DELVILLE) ST. Cyrien d’Active venant de l’ORA, remarquable       organisateur.

- Agent de liaison Anglais du réseau SOE : Capitaine « GEORGES » (HILLER) chargé des Parachutages.

- Commandant de la zone « E » Gaillac la Grésigne : « VENDOME » (Capitaine Van de Ven) Officier d’active Aviateur.

- Commandant de la zone « B » Albi Alban : « PATRICE » (Colonel VASSEUR) Officier d’active Infanterie.

- Corps Franc Départemental : « ARMAGNAC » (Lt. Colonel GALINIER) Officier d’active Artilleur, basé dans la région de Teillet.

- Commandant de l’ORA Tarn-Aveyron, Lt. Colonel TRIOCHE Officier d’active; P.C. à Rulhac (Aveyron).




MAQUIS ENGAGES AU COMBAT :


- 14 Maquis dont 4 Cies. de FTPF avec en plus ; 150 Mongols ralliés à la Résistance et des Sédentaires de Carmaux et de Blaye.


- Le Maquis « ANTOINE » Gpe. « Vèny » (Commandant Puech) : 400 hommes venus de Villelongue Aveyron, le plus important, remarquablement structuré et très bien armé, aux ordres de « Hervé » à réalisé une contre attaque décisive le 17 août au Garric.

Le Maquis « BARON » Gpe. « Vèny » ( Lieutenant DELIEU) : 150 hommes venus de La Pégarié et St. Hippolyte, Spécialistes des sabotages et des mortiers (artificiers de la Mine).

- Le Maquis « PI TEIXIDOR » Gpe. « Vény » (Lieutenant PI TEIXIDOR, ex Répubicain Espagnol : 50 hommes venus de La Pégarié et St. Hippolyte toujours regroupé avec « Baron », spécialistes des assauts, composé de guerriers hors du commun a stoppé la 1 ère attaque Allemande le 16 sur le carrefour du Garric.

- Le Maquis « LENOIR » (SINOT; impétueux et très courageux) : 250 Hommes venus de Lacapelle Pinet-Padiès, engagé dans le choc d’avant garde le 16 à la Piboulette Puech de Barret, replié en catastrophe après épuisement des munitions, à repris la situation en main le lendemain et est reparti à l’attaque avec 16 fusils mitrailleurs.

- Le Maquis « STALINGRAD » (DANIEL) : 200 hommes venus de Sérénac et Bar et Bor, « Coqueluche » du Colonel DURENQUE, façonné par BOUSQUET et DANIEL, devenu l’un des meilleurs après les « remous » de ses premiers pas dans la région d’Assac; héros du combat de Tanus, ou CINTAS stoppa les « boches » avec sa mitrailleuse, puis se sacrifia face au canon d’un blindé.

- Les Maquis FTPF-MOI : 4.214 cie, 4 204 Cie.,4.206 Cie, 4 209 Cie., plus 150 « VLASOVS » « Mongols » ralliés, au total : 450 hommes venant de la région du Viaur et de Jouquviel, certains de St. Gêniez d’Olt, Aveyron. Moins armés que les autres, ne recevant pas de parachutages, très volontaires, difficiles à cordonner, ayant le bilan du plus grand nombre de tués au combat, très motivés par leur idéologie.

- Le « GROUPE FRANC MAGNE » de l’ORA. Tarn, (Commandant MAGNE, Officier d’active) : 120 hommes venant de Rulhac et de Connac Aveyron, fortement encadrés par des officiers et s/officiers de carrière, bien armés, aptes à toutes les formes de combat. Après s’être emparé de nuit d’un camion d’obus sur renseignement, a récupéré un canon ennemi abandonné intact, puis repoussé le 18 août, le dernier assaut Allemand sur le carrefour du Garric avec cette arme.

- Le Maquis « AMEDEE » (Lieutenant « GERMAIN » ingénieur du fond) : 30 hommes venus de Carmaux (Groupe Infernet, ingénieur en chef de la Mine) renforcé par le Groupe de la « F.U.J.P. » de (Bordère), a fait face aux attaques du 17 et du 18 sur le tunnel du Garric.

- Le Maquis « DU GUESCLIN » Cie. de « Olivier » (DIET) : 120 hommes, outil de combat remarquable, bien encadré, très bien armé, venus de Prévenquières Aveyron en renfort d’urgence, a été engagé sur le front de Blaye le 18 août, appuyé par les Espagnols de PI TEIXIDOR, s’est emparé à l’assaut d’un canon de 75, détruisant 2 camions et ramenant un officier prisonnier.

- Le Maquis « LILI » (MANILEVE) Gpe. « VENY » d’Albi : 15 hommes, a harcelé les Allemands sur leurs arrières pendant les 3 jours d’attaques contre le Garric et détruit les ponts du ruisseau de Coules.

- Le Maquis « VENDOME » (Capitaine VAN DE VEN) et le GMR « MISTRAL » : 40 hommes, venus de Gaillac la Grésigne, ont attaqué les renforts allemands venant de Toulouse le 17 août à Rivières, bilan : 17 maquisards tués puis massacrés, un canon détruits, 68 Allemands tués.

- Le Maquis « ARMAGNAC » (Lt. Colonel GALINIER) : 50 hommes en Corps Franc, venus de la région de Teillet, ont attaqué le camp St. Antoine à Albi le 18 août. Ils étaient la terreur de la Milice et des Collaborateurs d’Albi.

- Le Maquis « LULU » ( PELISSOU) des groupes « VENY » : 30 hommes venus de Graulhet, ont attaqué la caserne Lapérouse le 18 août neutralisant les Allemands sur place avec de lourdes pertes. Du côté Maquis, 7 tués dont le capitaine Cartier, pour 70 tués et bléssés chez l’ennemi.

- Le Maquis « PATRICE » (Colonel VASSEUR) : 60 hommes venant de BELMONT Aveyron; a participé à l’attaque du camp St. Antoine d’Albi le 18 août.

Effectif TOTAL des Maquis : 2 000 hommes environ.




FORCES ALLEMANDES DU TARN NORD :


  • E.M. KOMMANDANTUR et CASERNE Lapérouse ALBI : 1.800.hommes (approximativement)
  • Camp St. ANTOINE ALBI : 300.hommes « Mongols »
  • CARMAUX : 98 hommes
  • GAILLAC (Gare) : 20 hommes
  • RENFORTS de Toulouse le 17 août (Rivières) : 350 hommes ?

Effectif total des Troupes Allemandes (Tarn Nord) : 2.500 hommes environ.




L’ATTAQUE DE CARMAUX le 16 août 1944.


Cette attaque fut décidée par le Capitaine « CASTAN » commandant de la zone « D », lors d’une réunion tenue le 15 août 1944 à Carmaux, à la suite des nouvelles du débarquement sur les côtes de Provence et conformément aux directives du Général de Gaulle pour la zone Sud France à ce moment là.

Le débarquement de Provence, la réduction de la garnison Allemande de Carmaux à 98 hommes et les ordres reçus par la résistance, ont provoqué en urgence une réunion de l’E.M. des maquis du Carmausin à CANITROT le 15 août au soir.

Les participants étaient :

Le capitaine « CASTAN », Berton Gpe Vény, Vareille (Sedentaires), Barreau observateur du Colonel Durenque, le Capitaine de Dainville ORA adjoint militaire de Castan, et « Lambert » officier (Autrichien) de renseignements, passé à la résistance contre Hitler.

Lors de cette réunion, la décision fut prise par le Cne Castan tous risques pesés, d’attaquer la garnison Allemande de Carmaux pour libérer la ville le 16 août au matin, après avoir fait investir de nuit par les « Sédentaires », la Marie, le Commissariat, la Gendarmerie et la Poste.

Le 16 août vers 6h 30, la Maquis « ANTOINE » arrive le premier à Carmaux par la côte Ste. Cécile et commence son déploiement, suivi par les Maquis « Lenoir » et « Stalingrad ». Le groupe « Baron » avec « Pi Teixidor », venant de St. Hippolyte, entre dans Carmaux par la route de Monestié, les « Sédentaires » occupent les 4 points sensibles à l’intérieur de la ville depuis 3h du matin.

Le premier contact des voltigeurs d’ »Antoine » avec l’occupant se produit au bas de la côte Ste. Cécile, il s’agit d’un petit groupe d’Allemands porteurs de marmites de café, qui se rendent sans combattre; les Maquisards, malgré le sérieux de la situation ne laissent par refroidir le café.

Un peu plus loin vers le pont sur le Cérou, un deuxième groupe ennemi est capturé sans bruit ni combat. A hauteur de la place Gambetta au centre ville, par contre, le 3 ème groupe rencontré ouvre le feu sur les Maquisards puis se replie sur le cantonnement allemand installé dans l’école de la Croix Haute, laissant un tué et un blessé sur le terrain.

L’alerte générale est déclenchée, la fusillade éclate dans toute la ville et vers la route de Monestié, autour des postes tenus par l’occupant.

Près de mille Résistants étannt déjà entrés dans Carmaux, l’ennemi tente de reprendre la situation en main avec une section de réserve, mais sous le feu nourri des Maquisards elle se replie précipitamment dans la Croix Haute, où le gros de la garnison des troupes d’occupation s’enferme en défensive après avoir alerté la Kommandantur d’Albi pour demander des renforts.

« Antoine » et « Baron » les encerclent, une trentaine de prisonniers ont déjà été capturés en ville, dont 8 au P.C. de l’école Victor Hugo. « Lenoir » et « Stalingrad » sont mis en réserve au parc du Marquis. Des pourparlers sont engagés pour obtenir la reddition de la soixantaine de soldats encerclés, ils n’aboutissent pas, l’ennemi comptant être délivré par le bataillon d’Albi.

En fin de matinée l’E.M. du Cdt. CASTAN avec le Cne. de DAINVILLE décident de donner l’assaut à partir de 14h; entre temps, les Cies. de FTPF qui n’avaient pas été engagées en tête ralenties par le manque de moyens de transport pour celle de St. Géniez d’Olt, entrent à leur tour dans la bataille et sont volontaires pour donner l’assaut, ce qui leur est accordé sous l’appui des mortiers de « Baron ».

Pour faire face à l’arrivée des renforts ennemis venant d’Albi, le Maquis « Lenoir » est envoyé d’urgence au devant d’eux, avec pour mission de prendre le contact et de les stopper devant les hauteurs du village du Garric et de Puech de Barret.

« Baron » et « Pi Teixidor » suivent en deuxième échelon, « Antoine » reste en réserve à Carmaux.

A 14 h, l’assaut de la Croix Haute est déclenché, au bout d’une heure de combat, sous les grenades lancées par dessus le mur, avec une pluie d’obus de mortiers de 50: le grand portail est détruit à l’explosif. Les Allemands qui ont eu 1 tué et 5 blessés, se rendent sans conditions.

Les prisonniers sont montrés aux Carmausin en liesse dans un défilé en ville.

ANECDOTE :

{ Le matin du 16, « Le Laboureur » (Andrieu) agent de liaison d’Antoine en mission, est fait prisonnier par les Allemands et enfermé à la Croix Haute, où il subit l’assaut des FTP. Lors de ce combat, il sauve un blessé allemand que ses camarades n’osent pas aller chercher sous le feu. Avant de se rendre devant sa troupe, l’officier Allemand qui commandait la place, arrache sa croix de fer (Croix de Guerre) et la remet avec son poignard à notre Maquisard sidéré, pour le remercier d’avoir sauvé un de leurs soldats, par humanité.}

 

L’ HUMANITE à la GUERRE.

 

Les actes horribles à la guerre sont plus fréquents que les actions humanitaires, mais ces derniers existent et sans vouloir les montrer comme une « image d’Epinal », ils méritent d’être parfois cités.

Le même jour à CARMAUX, le 16 août 1944, la ville a mérité la croix de guerre lors des combats pour sa libération, alors qu’en même temps un de ses Résistants était décoré de la croix de fer par un officier Allemand.

En effet, un maquisard Andrieu surnommé« Le Laboureur », agent de liaison du maquis VENY « Antoine », était envoyé en mission au maquis « Lenoir » de SINOT pour porter un message de coordination des actions, lors de l’attaque de la ville le 16-8- 44 à 6h,30 côte Ste Cécile.

Mitraillette en bandoulière, grenade à la ceinture, à cheval sur sa moto, il partit vers sa destinée et tomba nez à nez sur un groupe d’Allemands qui le firent prisonnier ; malgré sa qualité de « terroriste » à leurs yeux, il ne le fusillèrent pas.

Enfermé à l’Ecole dela Croix Haute, gardé par un soldat baïonnette au canon, il se trouva sous les balles et les grenades de ses « copains » FTP, lorsque ces derniers donnèrent l’assaut contre la garnison Allemande encerclée dans ces lieux.

Pendant ces combats, un soldat Allemand fut gravement blessé dans la cour de l’ècole, perdant son sang abondamment sans que ses camarades s’en inquiètent, notre « Laboureur » décida d’aller le chercher pour le mettre à l’abri dans une salle de classe.

Son gardien n’était pas tout à fait d’accord, croyant qu’il voulait en profiter pour s’évader, mais il le laissa faire pointant son fusil sur lui.

Le blessé qui avait reçu une balle dans l’artère fémorale n’avait que peu de temps à vivre ; il fùt sauvé par un infirmier.

Avant de se rendre avec sa troupe, le commandant Allemand de la garnison fit appeler le prisonnier, sortit de sa poche sa roix de fer (croix de guerre Allemande), et la remit au maquisard Français avec son poignard, en lui disant qu’il avait bien mérité cela pour son acte humanitaire, en sauvant un soldat ennemi au combat.

Dans certains cas, il ne serait pas tout à fait impossible si les peuples se comprenaient mieux, que bien des guerres puissent être évitées.

 


1 ère ATTAQUE ALLEMANDE SUR LE FRONT DU GARRIC :


Le triomphe est de courte durée, au même moment, « Lenoir » arrivé à la Piboulette commence son déploiement et se heurte de front à la colonne ennemie de 4 à 500 hommes, venue d’Albi avec pour mission de reprendre Carmaux.

Le combat s’engage brutalement, les « Bôches » étant pressés d’aller secourir leurs camarades à Carmaux.

Les 250 hommes de SINOT en position dans les bois qui dominent le RN 88 impatients d’en découdre, ouvrent un feu d’enfer avec leurs 16 fusils mitrailleurs « Bren » et clouent au sol les « Mongols » débarqués en tirant sur tout ce qui bouge sans compter les cartouches. Personne ne cède de terrain, mais au bout de 6 heures, les minutions parachutées en quantité limitée, s’épuisent vite, il faut battre en retraite avec des chargeurs vides, c’est l’angoisse et la course éperdue pour échapper aux « Mongols » qui à leur tour montent à l’assaut. Heureusement Sinot avait installé deux mitrailleuses au Puech de Barret, pour assurer le recueil des éléments en retraites en ralentissant l’ennemi.

Ce repli en catastrophe coûtera un tué et quelques blessés à « Lenoir »; les Allemands, eux, dans un premier temps, sont stoppés au Puech de Barret, le gros de leur troupe reprenant la progression vers Carmaux sur l’axe principal.

L’euphorie des « Bôches » ne va pas durer longtemps, « Baron » (groupe Garric) et « Pi Teixidor » bien placé les stoppent net vers 15 heures avec leurs mitrailleuses devant le carrefour de la RN 88 à hauteur du Garric. Les Espagnols sont des guérilleros redoutables: Pendant deux heures, à 100 contre 500, pas un pouce de terrain ne sera cédé à l’ennemi. Pendant ce temps les renforts de Carmaux sont acheminés sur place pour colmater le front en direction de Pouzounnac: « Antoine », « Amédée » et les « FUJP », 1 Son. de « Du Guesclin », « Stalingrad », la 4 209 Cie. FTP, la 4 214 Cie MOI avec ses « Mongols » ralliés, sont mis en place et à la tombée de la nuit sur une ligne de 6 km, les positions sont stabilisées.

Le P.C. n’a pas chômé, le Cne « Georges » à demandé en urgence un parachutage pour la nuit, qui est exécuté: 4 tonnes de munitions seront récupérées à Lucante et distribuées au petit jour à toutes les unités dans le besoin. Ce premier jour a été riche en émotions et ce n’est qu’un début au cours duquel les 2/3 des combattant recevront le baptême du feu.




JOURNEE DU 17 AOUT :

 

a ) - 2ème ATTAQUE ALLEMANDE sur le GARRIC :

La nuit du 16 au 17 est mise à profit pour consolider les positions: le Groupe « LILI » (Vény d’Albi), détruit deux ponts sur le GC 71 et la RN 88 pour ralentir l’arrivée des blindés d’Albi.

Le matin du 17 août dès le lever du jour, un avion bombardier Allemand survole Carmaux et notre dispositif. Malgré les ordres, il est salué par des rafales de fusils mitrailleurs.

Dès son départ du ciel du Garric, l’attaque ennemi se développe frontalement sur l’axe principal au carrefour du Garric et par une manoeuvre de débordement vers le Puech de Berret, le Garric, le Trapp et Pouzounnac, recherchant l’encerclement de nos troupes par l’Est.

L’attaquant momentanément stoppé sur la RN 88 reprend le dessus au point faible du dispositif, dans la plaine en direction de Peyregrosse, ou les « Vlassovs » ralliés à la 4 214 Cie. FTP, dépourvus d’armes automatiques, se replient sans ordres en débandade, devant leurs camarades « Mongols » restés fidèles aux Allemands. Les deux Sons de « Stalingrad » voisines, ayant leur flanc droit découvert, se replient en bon ordre grace à leurs dernières grenades, laissant 2 tués sur le terrain, les éléments les plus avancés de l’ennemi arrivent près de Peyregrosse derrière le Pont de Blaye. La 4 209 Cie. FTP en retrait, résiste sur ses positions protégeant Peyregrosse, et le P.C. de l’EM FFI qui quitte la ferme de la Barrabié pour se replier à Pont de Blaye.

« Antoine » survolté, interdit tout repli sans ordre formel, et la situation est des plus critiques pour « Baron » et « Pi Teixidor » menacés de face et sur leur flanc gauche. Dumas ambulancier de « Baron » assure seul le ramassage des blessés de tous les Maquis.

Vers 11 heure une mitrailleuse de « Baron », en pointe à la maison d’Andouard au carrefour du Garric, avec David, Fernadez et Dalens, bien repérée par les Allemands est prise sous un feu d’enfer de plus en plus précis et se replis en désordre. Stoppée par le Cne De Dainville, elle est replacée face à la RN 88 pour bloquer les « Mongols » qui cherchent à s’infiltrent autour de cette voie, dans nos positions.

ANECDOTE :

( GALLARDO de chez « Pi Teixidor », s’est sacrifié courageusement en s’opposant à la progression d’un groupe ennemi devant le carrefour avec son fusil mitrailleur à la hanche, son pourvoyeur MORENO s’étant replié avant lui sous un déluge de balles et d’explosions, terrorisé par l’ambiance du combat. Pris de remords après le décès de son camarade qu’il avait abandonné seul, il s’est donné la mort à son tour le 20 août, avec une grenade, lors de l’intervention de son groupe aux combats de Gaillac.)

Le SACRIFICE SUPRÊME.

Les volontaires de la mort de toutes sortes d’extrémismes ou les kamicazes qui sont heureux monter au paradis , ne sont pas les seuls atteindre le sacrifice suprême, des Soldats et des Résitants de sang froid, ont aussi prouvé par leur héroïsme pour une cause juste,qu’ils pouvaient aller jusqu’au bout dans le don de soi.

Le cas de Monsieur alias « GALLARDES », Républicain Espagnol du Groupe VENY « Piteixidor » dépendant du maquis « BARON » de CARMAUX, qui s’est sacrifié dans des conditions suprémes lors des combats acharnés pour la possession du carrefour du Garric le 17 août 44, mérite d’être cité.

Ce dernier, servant d’une arme automatique aves son copain alias « MORENES » comme chargeur, Espagnol également, sest sacrifié pour ne pas abandonner la position qu’il avait pour mission de défendre.

Deux assauts Allemands avaient été brisés devant la maison Andouard, au carrefour de la route d’Albi avec celle de Valdériès, « GALLARDES » ayant fait des ravages avec son fusil mitrailleur.

Une troisième attaque se préparait, les obus de mortier et les tirs d’armes automatiques rendaient la position intenable, le repli des Résistants s’amorçait et « MORENES » lui même s’était replié de 200m, laissant son ami en avant.

Lorsque la 3ème vague déferla, abordant la cour de la maison, ce dernier se leva et tira ses raffales à bout portant à hauteur d’homme, il fut blessé et tomba, ne pouvant plus se replier.

Voyant les Allemands s’approcher de lui, il se sacrifia sur place en faisant exploser sa grenade sur sa poitrine pour ne pas être capturé vivant.

Son camarade « MORENES » fut pris d’un immense remord, se culpabilisant de la responsabilité de la mort de son ami.

Trois jours plus tard le 21 août, le Groupe « BARON » avec « Piteixidor ayant été envoyés à Gaillac pour stopper une colonne Allemande venus de Toulouse qui cherchait à entrer dans la ville, le Guérillero Espagnol « MORENES » accablé par son remord, mettait fin à ses jours de la même façon que son ami « GALARDES », couché sur son lit avec une grenade dégoupillée sous sa tête.

Voila deux exemples vécus et liés qui montrent les capacités de sacrifice de Résistants engagés à fond dans le combat pour la liberté; à méditer par les jeunes générations. Norbert DELPON ORA.

 

b ) - CONTRE - ATTAQUE de « HERVE » :

En coordination avec cette action frontale, l’ennemi passe à l’assaut des positions de « Lenoir » à Puech de Barret, ce dernier pratiquement encerclé par des éléments venant de l’ouest route de Valdériés et du village du Garric, est obligé de battre précipitamment en retraite vers les hauteurs de la colline dominante de Pouzounnac. Ce repli lui coûte encore un tué et une dizaine de blessés.

Lors de cette progression les « Mongols » fusillent sur place devant leur ferme, le père et le fils TEULIERE accusés d’avoir hébergé et nourri les Maquisards, alors que la table mise avec 50 couverts était prévue pour les voisins venus « dépiquer ».

Les réserves des Maquis étant engagées, le Cdt. « HERVE » rassemble une trentaine d’hommes dans un Corps Franc parmi les mieux instruits au combat, armés de 6 fusils mitrailleurs et en liaison avec les Espagnols de « Pi Teixidor », il déclenche une furieuse contre attaque sur les éléments les plus avancés des « Mongols », qui sont bousculés, puis à leur tour refluent en débandade vers la route d’Albi. Les positions de la veille sont reconquises à la nuit, l’ennemi tient toujours Le Trapp, le village du Garric, le Puech de Barret, le carrefour de la RN 88 et Sainte Martianne.

c ) - VISITE du colonel DURENQUE sur le FRONT de CARMAUX :

Le Colonel « DURENQUE » arrivant de chez « Patrice » à Belmont, est informé de la reddition de la garnison de Carmaux et de la situation des combats. A son passage à Albi, il rédige immédiatement ses ordres pour faire isoler le front de Carmaux des renforts ennemis pouvant venir de Toulouse, Albi, Castre ou Rodez. Il se rend à Carmaux vers midi pour étudier la situation sur place et demande à rencontrer les chefs de Maquis. En route il arrête trois « Mongols » ralliés en débandade et les renvoie sur le front. CASTAN et BARREAU l’accompagnent sur les positions de SINOT à Pouzounnac.Vers 16 heures à la fin de la contre attaque de « Hervé », les balles claquent au dessus de leurs têtes, la progression se poursuit dans un chemin creux, sur place, « Lenoir » recomplèté en munitions avec ses 16 fusils mitrailleurs, tient très solidement ses positions qui dominent la plaine devant lui.

Le Colonel « DURENQUE » rejoint Carmaux rassuré, mais à peine arrivé , on l’informe qu’un combat très meurtrier vient de se dérouler à Rivière, entre Gaillac et Marssac, où un groupe de 40 hommes de « Vendome » en embuscade, s’est heurté à près de 350 Allemands venant de Toulouse pour renforcer l’attaque contre Carmaux. Il se rend immédiatement à Marssac dans une voiture de la police de Carmaux avec Gisèle sa secrétaire, agent de liaison de l’EM et deux policiers.

d ) - MASSACRE du GROUPE BORIE :

En début après midi, pendant l’attaque Allemande sur le village du Garric, un groupe de chez « Antoine » d’une dizaine d’hommes commandés par BORIE, armés d’une mitrailleuse servie par TROUSSEL, remarquablement placés pour disloquer l’attaque des assaillants sur la RN 88 et battre les lisières des bois en face du village, à causé des pertes très sévères à l’ennemi, (une trentaine de morts Allemands seront enterrés au cimetière de Ste. Cécile après les combats), Le chef de groupe refusant de quitter cette position, sans se douter du débordement de l’adversaire par le Nord Est. BORIE, TROUSSEL, PIANI, DARY , MARTINEZ et un ancien Légionnaire, se sont trouvés encerclés au moment du reflux des « Mongols » bousculés par la contre attaque du Corps Franc de « Hervé ».

Après un bref corps à corps, 4 Maquisards ont pu s’échapper, les 6 autres se sont trouvés encerclés, BORIE désarmé, les mains en l’air, a été abattu de sang froid d’une rafale de mitraillette à bout portant par un « Mongol », qui s’est retourné vers MARTINEZ pour faire de même, mais aucune balle n’est sortie du canon de l’arme (incident, cartouches épuisées ?), ce dernier, tremblant dans un réflexe incontrôlé, a bondi dans le champ de maïs derrière lui et à couru comme un fou sous les balles des autres « Mongols », qui l’ont heureusement manqué.

Couché dans un fossé sous les ronces, il a pu échapper à ses poursuivants qui sont passés tout près de lui. La nuit venue il s’est présenté chez MARC à la Gravié, sans savoir que les Allemands y étaient cantonnés, Mme. MARC a pu le cacher sous un tas de feuilles de maïs chargées sur une charrette où il a passé la nuit le coeur battant.

Les HORREURS des GUERRES

Lors des combats pour la libération de la ville de CARMAUX, les 16-17 et 18 août 1944 sur le front du Garric, des supplétifs des Allemands surnommés « Mongols », restés fidèles aux Nazis alors que 160 d’entre eux avaient déserté pour rejoindre la Résistance à la 2114ème Cie. de FTP de Jouqueviel, se sont rendus coupables historiquement de violences inhumaines, en massacrant 5 maquisards du groupe VENY faits prisonniers.

En effet, le groupe d’une mitrailleuse du maquis « Antoine », posté près du village du Garric, commandé par le Chef BORIES, interdisait la progression allemande venant de la route d’Albi lors de l’attaque ennemie du 17 août 44 ; il fut encerclé et 6 de ses hommes furent faits prisonniers, submergés par le nombre.

Ces maquisards qui avaient déposé les armes, furent immédiatement fusillés sur place l’un après l’autre les bras en l’air ; lors de l’exécution du 6ème, aucune balle ne sortit du canon de la mitraillette du « Mongol », chargeur vide ou incident de tir ? ; MARTINEZ tremblant, directement concerné, eut la présence d’esprit par instinct de conservation, de bondir vers un champ de maïs tout proche sous les balles des autres « Mongols »  qui le manquèrent.

Les 5 mitraillés furent ensuite massacrés « gratuitement » à l’arme blanche de façon horrible, certains laissés agonisants ; une stèle érigée au Garric honore la mémoire de ces martyrs : BORIES, TROUSSEL, DARY, PIANI et un INCONNU ancien Légionnaire, qui repose au cimetière de Ste. Cécile de Carmaux.

MARTINEZ caché dans un fossé sous des ronces jusqu’à 22 heures, se présenta la nuit à Madame MARC à la ferme de La Gravié, où il fut caché dans l’étable sous un tas de paille près des vaches, alors qu’un goupe d’Allemands était cantonné dans un hangar un peu plus loin, il fut ainsi sauvé avec quelques émotions fortes.

Lorsque j’ai rendu les honneurs aux corps mutilés avec mon groupe de l’ORA après les combats, notre désir de vengeance fut difficile à contenir devant un tel spectacle le lendemain de notre baptème du feu, croyant qu’il en était ainsi chaque fois, si nous étions faits prisonniers ; mon camarade le MdL Le Bourdonec, s’est permis de dire à ses maquisards: « on n’a pas intérêt à se faire prendre par ces salauds ».

On nous disait que ces soldats supplétifs étaient enrolés de force dans l’Armée Allemande, je ne comprends pas pourquoi ils en arrivaient à massacrer nos Résistants prisonniers ; certains étaient même nommés Sous Officiers chez Hitler. Heureusement que ceux, très peu nombreux qui avaient rejoint la Résistance n’agissaient pas ainsi ; A leur retour dans le Caucase ils ont été jugés, parfois fusillés ou envoyés au goulag pour désertion.

Tout peut se dérouler à la guerre, les crimes les plus horribles, comme les sacrifices des héros ou les actes humanitaires, tel celui de notre « Laboureur » la veille, à l’Ecole de la Croix Haute de CARMAUX..

 

e ) - COMBAT de TANUS :

Toujours le 17 août, journée décidément très chargée en émotions, en concordance avec les prévisions des plans du commandant des FFI du Tarn, « Stalingrad » envoyé à Tanus en embuscade, s’est heurté dès son arrivée sur ses emplacement en bas de la côte avant d’arriver au pont de pierre, à un détachement Allemand escorté de blindés qui venait renforcer par le Nord, l’attaque sur Carmaux. Le combat est bref mais intense, les positions des Maquisards sur les talus et falaises dominantes étant imprenables; de plus des renforts de FTP et de « Antoine » étaient dirigés sur Tanus.

La mitrailleuse de CINTAS cloue les « Bôches » dans les fossés où ils se font grenader par les autres Maquisards, il faudra qu’un blindé s’avance en tête pour détruire son arme en tir direct au canon.

L’efficacité de l’arme de Cintas et son sacrifice, sur une position sans chemin de repli, a dissuadé l’ennemi de poursuivre sa progression: il a rapidement fait demi tour et a battu en retraite vers Rodez.

f ) - COMBAT de RIVIERES :

Pratiquement en même temps vers 16 heures, le combat faisait rage à Rivières, où les 40 Maquisards de « Vendome » dont les 2/3, des GMR « Mistral » et « Etoile » ralliés au Maquis, se heurtaient à près de 350 Allemands venant de Toulouse pour se porter sur le front de Carmaux.

Les GMR placés en embuscade au bord de la route RN 88 sur près d’un kilomètre, avec les appuis le long du talus delà ligne de chemin de fer, pouvaient repousser l’ennemi vers le Tarn, prenant tout le convoi sous leur feu à découvert. La surprise fut l’importance du convoi avec deux canons à tir rapide et par la suite l’arrivée de deux blindés allemands sur les hauteurs de Labastide de Lévis, prenant notre dispositif à revers, alors que seul un détachement de 4 à 5 véhicules était attendu.

Les Maquisards, malgré le sacrifice de 17 tués, ont occasionné de très lourdes pertes à l’ennemi : 68 tués, autant de blessés, un canon et trois camions détruits.

15 Allemands avaient été faits prisonniers le matin du 17 à la gare de Gaillac, grâce au sang froid d’une jeune fille agent de liaison de « Vendome ».

ANECDOTE :

(Deux Maquisards: BRONZINI et COUFFIGNAL; faits prisonniers au décrochage de l’embuscade de Rivières, furent aperçus sur un véhicule Allemand par le Colonel DURENQUE venant de Carmaux, lorsqu’il se trouvait au pont de Marssac contrôlé lui même par la Milice et les Allemands, il réussit à rejoindre rapidement Albi après la vérification de ses papiers.

Les deux Maquisards interrogés puis torturés à la caserne Lapérouse, où cantonnaient les « Bôche », furent emmenés sur la place du Vigan pour y être pendus en public. Les cordes étaient en cours d’installations lorsqu’un officier supérieur sorti du P.C. de la Kommandantur de l’hôtel du Vigan interpella vivement le responsable des préparatifs de la pendaison et récupéra les deux Maquisards qui ne comprenaient rien à ce qui leur arrivait.

Arrivés à la route de Toulouse ces derniers furent libérés complètement ahuris. L’explication vient du fait que le Colonel Durenque, dès son retour à Albi le 17 vers 19 heures, adressa par l’intermédiaire de la Soeur Supérieure du Bon Sauveur, un ultimatum à l’OBERST Commandant la Kommandantur d’Albi, par l’intermédiaire de la soeur Supérieure du Bon Sauveur, dans lequel il demandait la libération des deux Maquisards le 18 août avant midi, sinon les 15 Allemands et l’Officier faits prisonniers à Gaillac la veille seraient considérés comme otages et éventuellement fusillés. Ce « langage » fut parfaitement compris par les Allemands qui relâchèrent les deux Maquisards)

g ) - ARRIVEE de l’O.R.A. en renfort au GARRIC :

La centaine de l’ORA du Tarn aux ordres du Commandant MAGNE, cantonnée à Connac (Aveyron), rentrait d’une embuscade à Lincou où elle venait de détruire la route de la vallée du Tarn pour isoler la garnison allemande d’Albi, lorsque l’ordre de se porter d’urgence sur le front de Carmaux nous fut transmis.

Le 17 vers 20h 30, notre détachement arriva au P.C. du Cne DE DAINVILLE à Pont de Blaye où les ordres d’occuper et de tenir le carrefour de la RN 88 au Garric nous furent donnés.

A l’approche de l’objectif, le premier véhicule fut stoppé par des tirs d’armes automatiques venant du carrefour.

La première trentaine se déploya et progressa dans les fossés de la route; la deuxième déborda par l’Ouest. Le détachement ennemi du carrefour peu important, se sentant tourné dans la nuit, décrocha précipitamment abandonnant deux prisonniers Allemands avec un fusil mattrailleur; dans la foulée nous occupons la maison « ANDOUARD » au carrefour en haut de la côte.

L’interrogatoire des deux Allemands terrorisés par les « Terroristes », nous renseigne sur la position d’un camion sur la route de Valdériés, à 200 m.devant l’ennemi installé dans les écoles du Garric.

L’adjudant CADORET alerte ma Sizaine avec celle de MARTINEZ et 4 sous officiers; nous partons pour exécuter un « coup de main » à une heure du matin vers les positions Allemandes du village du Garric. Après un accrochage d’une demi heure avec un groupe ennemi qui se replie vers la RN 88, nous repérons le camion qui est ramené au carrefour, poussé à bras sans bruit. La prise est bonne: c’est un P 48 Citroên contenant 400 obus antichars et antipersonnels. La colère allemande se manifeste par le tir d’une vingtaine d’obus de mortiers de 81 sur nos positions, puis le calme revient jusqu’au réveil du lendemain.



JOURNEE DU 18 AOUT :

 

a ) - RECUPERATION d’un CANON de 47 :

Au petit jour des patrouilles sont envoyées vers les positions allemandes le long de la voie ferrée en direction de Ste. MARTIANNE. Vers 7h 30 le canon tonne à l’Ouest; nous apprenons plus tard que Blaye est attaquée par une autre colonne allemande dans notre dos.

A 8 heures, Madame MARC pressée, venant des positions ennemies sur la RN 88, est interrogée par le Commandant MAGNE à son P.C. .Elle va à Carmaux prévenir la famille de MARTINEZ que leur fils rescapé du massacre du groupe BORIE la veille, est bien vivant caché chez elle. Elle signale en outre le retrait des « Mongols » vers Ste. MARTIANNE et un canon abandonné à un virage en face de sa maison.

La Sizaine de BAISSE, couverte par nos mitrailleuses est envoyée sur place sans rencontrer d’ennemi et ramène un canon de 47 abandonné intact sans munitions. Il est aussitôt installé sur notre position et essayé sur le champ, (le Cdt. MAGNE et quelques sous officiers étant Artilleurs), le premier obus touche de plein fouet un platane à 300 mètres, à la joie de nous tous, pour cet appui supplémentaire.

Des patrouilles sont poussées devant nos positions et se heurtent aux Allemands à la ferme Dalens, en couverture de leurs mortiers de 81, installés en batterie dans le cimetière de Ste. Martianne; les balles traçantes échangées par les mitrailleuse mettent en flamme le « paillé » et une partie des bâtiments.

b) - l’ATTAQUE DE BLAYE :

ANECDOTE :

(Une faveur accordée à 3 Maquisards jeunes mariés de chez « Baron », autorisés à aller coucher chez eux à Labastide Gabausse Basse la nuit du 17 au 18 août, a vraisemblablement sauvé Blaye et peut être Carmaux d’une reconquête par l’ennemi.

En effet, devant être à la mairie de Blaye le 18 à 7 heure, un des leurs chargés de récupérer les deux autres, mal réveillé après ces retrouvailles, les fait attendre à 7 heures au carrefour du D3 avec le chemin de Labastide Gabausse Basse lorsque la colonne allemande venant d’Albi pour attaquer Blaye arrive vers eux sur le D3 venant de Villeneuve sur vère.

Les « Bôche » ouvrent le feu, GAYRARD est blessé mais réussit à s’enfuir, les autres s’évanouissent dans la nature, l’un d’eux rejoint Blaye et donne heureusement l’alerte. La colonne arrêtée pour poursuivre les Maquisards, ne sachant pas si elle est en présence d’avant postes des Maquis, perd plus d’une demi heure et avance lentement.)

c ) - LES COMBATS devant BLAYE :

Lorsque le convoi ennemi arrive en vue de Blaye, il est salué par des rafales de mitrailleuses de quelques Maquisards alertés, commandés par le sergent LALLEMAN du groupe « Baron ». Avec une quinzaine d’hommes et deux armes automatiques installées aux lisières du village, ce groupe tiendra les Allemands à distance de 7h 30 à 9h, jusqu’à l’arrivée des renforts prélevés sur le secteur du Sud. Le Capitaine « HERVE » reçoit le commandement du secteur de Blaye, le Commandant MAGNE devient responsable du front du Garric, allégé de 2 Sons, « d’ANTOINE », de « BARON » et « PI TEIXIDOR », de 1 Son. de « DU GUESCLIN » , envoyés à Blaye.

Dès 9 heures la puissance de feu des 6 mitrailleuses et des mortiers des Maquisards se développe; l’officier Allemands commandant la tête de colonne est tué au moment où il allait abattre Mr. SIGAL blessé pris pour un Résistant. Son adjoint sera tué un peu plus tard, le face à face à coup d’obus et de rafales se poursuit jusque vers 16 heures. Un premier débordement Allemand par le Nord Ouest dans les vignes est stoppé par LALLEMAN.

Le Capitaine « HERVE » décide de passer à l’attaque qui, pour lui, est la meilleure défensive. Il pousse « DU GUESCLIN » appuyé par « PI TEIXIDOR » vers le flanc de la colonne, dans un large débordement par les fonds de Labastide Gabausse Haute. L a 4.206 Cie. de FTP protége Blaye au Nord Ouest.

Les Maquisards attaquent le convoi à bout portant sur ses arrières dans un bref corps à corps exécuté par un groupe de DU GUESCLIN ». Les Espagnols de « PI TEIXIDOR » sont prêts pour la curée, mais c’est inutile: les gars de « DU GUESCLIN » reviennent déjà avec un canon de 75 enlevé de vive force avec son tracteur et les munitions; tous les servants ont été tués, l’officier est emmené prisonnier.

Lors de l’appui feu ldes mortiers de « Baron » et de « Du Guesclin », le deuxième obus de mortier, banalement, touche de plein fouet un camion du convoi qui, par hasard, transporte des munitions et tracte un autre canon; il s’ensuit un spectaculaire feu d’artifice qui durera plus d’une heure, disloquant complètement le dispositif Allemand.

L’ennemi menacé devant, au milieu et derrière, très impressionné par les capacités de riposte et les manoeuvres des « Terroristes », privé de ses principaux officiers, n’est plus en mesure de réagir, il regroupe sa troupe, fait faire demi tour aux camions en état de marche, puis à 16 h, c’est la retraite en direction d’Albi. Le bilan est lourd: il compte 6 tués Allemands dont 2 officiers, de nombreux blessés emmenés, 5 prisonniers, 3 canons récupérés dont un de 75, 2 camion détruits. Blaye est sauvée par l’épopée de trois amoureux.

d ) - ATTAQUE de la CASERNE LAPEROUSE et du CAMP St. ANTOINE à ALBI :

En exécution des ordres du Colonel « DURENQUE » pour soulager le front de Carmaux, le Maquis Vény « LULU » de Graulhet, avec 30 hommes en deux sections aux ordres du Commandant NAUDY et du S/Lt. JUILLE, reçoit pour mission de fixer sur place la garnison allemande de la caserne Lapérouse à Albi, le 18 août à partir de 7 heures.

Une section de « VENDOME » qui devait servir de recueil sur le flanc gauche vers le Séquestre ne peut être mise en place à cause de la désorganisation des éléments de ce Maquis la veille, lors de l’embuscade de RIVIERES.

Une section de « TOUTY VA », prévue pour le recueil sur les collines à droite, survolée par un avion ennemi ,ne rejoint pas l’emplacement prévu pour assurer le recueil des éléments engagés en tête.

Les deux sections du Cdt. NAUVY ont parfaitement débuté l’exécution de leur mission, en décimant complètement par surprise une section Allemande en rang par 3 sur la route de Graulhet, derrière la caserne.

Entre temps, le Capitaine CARTIER (Nimes) chef d’Etat Majors, et son agent de liaison moto DUCHNIACK en mission d’observation, ont disparu aux abords de la caserne Lapérouse, interceptés à un barrage Allemand.

Le premier accrochage ayant donné l’alerte, l’ennemi est sorti en force avec 3 autres sections, soit 100 à 130 hommes, 3 mortiers et 3 fusils mitrailleurs.

Le combat est trop inégal; une section de Naudy est encerclée dans un mais et se bat au corps à corps; l’autre grâce à une manoeuvre exceptionnelle et aux tirs précis de son fusil mitrailleur, permet le décrochage des autres éléments, qui s’effectue à découvert vers la côte 258, sans le soutien prévu des deux sections malheureusement absentes.

Le bilan est lourd pour le Maquis : 7 tués et 2 disparus (achevés par la suite), et pour les Allemands, qui ont eu 70 hommes tués ou blessés.

En même temps que l’attaque de la caserne Lapérouse, le Camp St. Antoine d’Albi où étaient cantonnés 300 « Mongols », en qui les Allemands n’avaient pas confiance après les désertions de Carmaux, était lui même l’objet d’un puissant harcèlement.

Les Maquis « PATRICE » (1 Cie.), le Corps Franc « Armagnac » et « Manilève » ont harcelé ces ennemis pendant deux heures au mortier et aux armes automatiques.

Après leur échec sur le Front de Carmaux et lors des embuscades de Rivières et de Tanus, cette offensive directe sur leurs bases principales a été l’estocade qui a déterminé les Allemands à quitter la ville le lendemain pour se replier sur Castres, permettant la libération d’Albi le 19 août sans combats dans l’agglomération.


e ) - 3 ème ATTAQUE ALLEMANDE sur le FRONT du GARRIC :

Coordonnée avec l’attaque sur BLAYE, une offensive sur deux directions est engagée par l’ennemi le matin du 18 à 19 heures, partant du Puech de Barret en direction de Pouzounnac, facilement stoppée cette fois par « Lenoir », « Stalingrad » et les FTP de la 4 214 Cie.

L’après midi à 15 heures, 12 camions d’Allemands (200 hommes), sont signalés par nos observateurs sur l’axe principal de la RN 88 en direction des positions de l’ORA au carrefour du Garric.

Le Commandant MAGNE laisse s’engager à découvert après le dernier virage de la RN 88 à 300 mètres devant nos positions, une moto, un side car, une voiture et deux camions, avant de déclencher le tir du canon de 47 récupéré le matin et des 6 mitrailleuses en ligne. Les ennemi sont fauchés en sautant des camions et fuient en désordre vers les bois au nord de la route sans pouvoir riposter. Un camion et la voiture sont détruits; le side car est récupéré.

De leur côté, « Lenoir », « Stalingrad » et la 4 214 Cie. FTP réoccupent Le TRAPP, le village du Garric et le Puech de Barret, l’ORA pousse des patrouilles pour reprendre le contact, elles ne trouvent que le vide, enfin, le groupe « Manilève » en place vers Lescure nous signale le repli du convoi allemand vers Albi.

La « BATAILLE » de Carmaux se termine par une éclatante victoire des Maquisards; il était temps: les munitions restantes ne permettaient pas une autre journée de combats intenses.

A 18 heures, la Sizaine Le bourdonnec et la mienne, sont envoyées en avant pour relever les corps des 5 tués du groupe BORIE de chez « Antoine », à 200m à l’ouest des Ecoles du Garric.

La découverte est horrible, ils ont tous été gratuitement achevés puis massacrés sauvagement.

Le baptème du feu de la veille ne nous avait pas impréssionnés du fait de nos cinq ans de formation militaire aux Enfants de Troupe, Là, nous sommes émus et choqués par le spectacle que nous découvrons,un désir de vengance monte en nous, difficile à contenir.

Le lendemain 19 août, le C.F. Magne progresse rapidement vers Albi suivi des autres Maquis du front de Carmaux, pour libérer la ville que les troupes Allemandes évacuent précipitamment. Cela nécessite un autre récit.

 


BILAN DES PERTES :


Durant les trois jours de la « BATAILLE » de Carmaux, sur les fronts du Garric, de Blaye et des quatre opérations extérieures de protection, (Albi, Rivières et Tanus) :

a ) - ENNEMI :

  • 130 tués
  • 65 blessés (au minimum, beaucoup ont été récupérés et soignés par les Allemands)
  • 128 prisonniers
  • 10 camions détruits
  • 6 canons abandonnés aux FFI

b ) - CHEZ les MAQUIS :

  • 37 tués ou disparus
  • 11 civils tués
  • 28 blessés.

ENSEIGNEMENTS A TIRER ET REFLEXIONS :


Les pertes ennemies trois fois supérieures à celles des maquis, sont un constat curieux dans ce cas, qui mérite réflexion.

Du côté AMI, des unités disparates, souvent peu encadrées, des liaisons difficiles entre elles et le commandement, un armement léger, des munitions comptées pour des actions « coup de poing », les deux tiers des jeunes Maquisards n’ayant pas effectué de Service Militaire.

En face une troupe hétéroclite, constituée aux deux tiers de soldats étrangers ( Vlassovs, Ukrainiens, Turkmènes, Kasaks, Géorgiens, etc.) encadrée par des Allemands, professionnalisée par cinq ans de guerres dures en Europe et en Afrique, équipée de tous les armements et appuis lourds, blindés, artillerie, aviation, d’une armée conventionnelle.

Comment ce bilan théoriquement illogique a-t-il pu se produire ?

A mon avis personnel, né de mon expérience, c’est grâce à la somme des avantages dont étaient dotés les Maquisards, plus sur le plan du comportement que de la richesse en matériels, face à un ennemi plus fourni en moyens et en expérience, mais affaibli par son mauvais moral, son manque de motivation et de pugnacité.

Nos Résistants étaient tous volontaires et non mobilisés, le dos au mur, (la torture et la mort en cas de capture), ils avaient envie d’en découdre jusqu’au sacrifice suprème pour libérer leur Patrie, lassés de l’occupation, aidés par une certaine méconnaissance des dangers.

Ils se battaient souvent sur leurs lieux de naissance, au milieu de leurs parents et amis qui les aidaient et les renseignaient.

Au combat, sans formation solide dans la maîtrise des tirs, ils se sentaient des surhommes grâce à leurs armes, et ripostaient avec une densité de feu efficace et très inhabituelle pour ceux qui recevaient les nappes de balles. N’oublions pas dans ce cas que le tir à outrance défoule et aide un peu le courage.

En outre, une heureuse coïncidence a voulu qu’ à l’Etat Major et dans des Maquis du Carmausin figurent un certain nombre d’officiers d’actives de terrain, Saint Cyriens, jeunes et remarquablement compétents, à qui les Chefs Civils ont eu la bonne idée de donner le commandement des points clef du front et des manoeuvres.

Le choix particulièrement judicieux et dominant , des positions des armes sur le terrain, l’emploi des unités compétentes lors des contre attaques et des actions de débordement sur les arrières, ont totalement surpris le commandement allemand et limité nos pertes au maximum. L’ennemi à son niveau de situation, a payé très cher en tués et bléssés, tout en comprenant que le « morceau » était trop gros pour lui.

La troupe ennemie, encadrée plus ou moins de force par les Allemands (il y avait des désertions importantes), avait perdu une bonne partie de son moral et sentait bien qu’elle perdait également la guerre depuis les deux débarquements de Normandie et de Provence.

Elle combattait loin de chez elle en pays étranger, sans réelle motivation, au milieu d’une population hostile ou réservée dans l’ensemble.

Les officiers de renseignements surévaluaient toujours l’effectifs et la force des « Terroristes », ils les voyaient partout, insaisissables.

Malgré cette situation, certains d’entre eux, Allemands compris, n’avaient pas abandonné leur comportement « sauvage » au combat: nos blessés et nos prisonniers ont été systématiquement abattus puis massacrés, ce qui explique bien la réaction « spéciale » du Colonel Durenque, pour réussir à sauver les deux prisonniers de l’embuscade de Rivières au regard des lois de la guerre, qui n’étaient pas appliquées par Hitler aux Maquisards considérés comme des hors la loi.

Le CHARME COMME ARME de GUERRE.

Renée TAILLEFER :

  • Nommée au grade de CHEVALIER dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.
  • Titulaire de la Médaille Militaire.JO 20/7/52 -
  • Croix de guerre 39/45 avec palme JO 12/2/46 -
  • Croix du Combattant Volontaire de la Résistance -
  • Croix du combattant volontaire 39/45 -
  • Médaille de la Résistance JO 16/1/46

Mademoiselle Renée TAILLEFER, engagée dans la Résistance à l’âge de 17 ans, agent de liaison du Groupe « VENDOME », fut envoyée en mission à Técou par son Chef de Maquis pour aller récupérer 5 Kg. de « plastic » (explosif des résistants).

Cet explosif était destiné à couper la voie SNCF entre Gaillac et Marssac.

Elle se rendit au maquis « Rogers » à bicyclette, et ramena le précieux colis dans le fond d’un sac rempli de prunes bien mûres par dessus.

Faisant route avec un jeune homme de son âge au retour, ils furent arrétés à l’entrée de BRENS par un barrage Allemand ; pendant que le garçon était fouillé sans ménagement, la jeune fille n’avait pas beaucoups de choix dans ces circonstances :

Garder son sang froid certainement, en calmant les battements de son coeur, et sourire si possible affectueusement, face à un ennemi implacable en déclinant son identité.

Le Chef de poste qui avait pris l’initiative de s’occuper de la jeune fille, fut effectivement sensible à ce comportement qui l’honorait un peu dans sa qualité de « mâle ».

Très fier, il accorda le passage sans difficulté en prélevant tout de même dans la foulée, une poignée de prunes dans le panier.

Ce « brave » Sous Officier de Hitler, ne se doutait pas que quelques jours plus tard cette belle fille si gentille, avec un pistolet à la main cette fois, accompagnée par le chef du Corps Franc de « Vendome », ferait 16 Allemands et un officier prisonniers à la gare de Gaillac, dans des conditions incroyablement audacieuses

 


Un travail de recherche historique n’est jamais complet ni terminé, je n’ai relaté que ce que j’ai pu recueillir jusqu’à présent, et je m’excuse pour les omissions ou les oubliés faute d’archives ou de témoignages. Des descriptions de mémoire peuvent étre altérées dans des détails, méme si les grandes phases de la « BATAILLE » sont exactes et recoupées.

Si des survivants de tous les Maquis présents aux combats peuvent encore m’aider à compléter ces récits ou à les rectifier éventuellement, qu’ils me téléphonent au : 05 63 54 10 11.

Ce qui est certain, c’est que méme dans cette petite Bataille d’une Grande Guerre, il y a eu de nombreux actes individuels d’héroïsme, dont les intéressés ne parlent pas par modestie; c’est tout à leur honneur, mais l’histoire, elle, a besoin de toute la vérité pour exister et se mettre au service des jeunes en cas de besoin.

A ce sujet, voici deux exemples :

1°-ETAT d’ESPRIT d’un RESISTANT :

Jacques F......c du Corps Franc « ARMAGNAC », apprenant qu’un des leurs capturé par la Milice pouvait « craquer », se fit un devoir d’aller rapidement en moto, prévenir les 4 autres copains du méme groupe pour éviter leur arrestation. En dernier lieu, allant embrasser sa Mère avant de rejiondre le Maquis, il fut cerné chez lui, capturé emprisonné, torturé sans livrer ses camarades, puis déporté au camp d’extermination de Dachau.

L’ESPRIT FRATERNEL d’un RESISTANT

Jacques FALGAYRAC du Corps Franc « ARMAGNAC »

Titulaire des mérites ci-après :

  • Chevalier de la Légion d’Honneur Médaille Militaire
  • Croix de guerre 39/45.
  • Médaille des Combattant Volontaire de la Résitance
  • Médaille des déportés

Jeune Maquisard volontaire particulièrement « éveillé », d’une fidélité à toute épreuve avec une pugnacité redoutable, le coeur sur la main avec tous ses copains, il était lié au Corps Franc « Armagnac » du Tarn.

Apprenant qu’un des camarades de son groupe de 6 d’albi capturé par la Milice de Pétain, était menacé de « craquer » sous la torture, il se fit un devoir d’alerter d’urgence les 4 autres Maquisards pour qu’ils se mettent à l’abri.

Enfourchant sa moto de mécanicien, il eut vit rempli sa mission ; a son tour, avant de rejoindre le maquis, il passa chez lui prendre quelques effets et embrasser sa Mère.

Malgré sa réaction immédiate, la « Gestapo » renseignée par les Miliciens n’avaient pas chômé, à peine arrivé à son domicile, les allemands cernèrent sa maison ; sa mère tarda à ouvrir la porte, d’un saut par la fenêtre de derrière, il bondit sur sa moto.

Malheureusement a cette époque, le réservoir d’essence des motos était en charge sans pompe, il fallait fermer un robinet à chaque arrêt ; dans ce cas il n’eut pas le temps de l’ouvrir, un allemand se trouvant derrière l’immeuble ; ce dernier surpris leva bien sa mitraillete et tira dans sa direction de fuite, mais le manqua. L’essence de son carburateur étant vite épuisée le moteur cala, il se coucha par terre pour essuyer une seconde raffale et se rendit au soldat de Hitler.

Emprisonné à St. Michel à Toulouse, torturé à trois reprises, il put gagner du temps sans donner les noms de ses camarades en indiquant une cache d’armes où se trouvait un vieux fusil de chasse sans intérêt, ce qui lui valut une nouvelle raclée.

Il fût aussitot envoyé au camp de concentration de DACHAU en Allemagne, par le convoi de la mort et heureusement libéré par l’armée US en 1945 ; pour ne pas se trouver démuni, l’environnement étant toujours hostile, il ne pût s’empêcher par réflexe de Résistant, de « subtiliser » un pistolet à un brave Américain de garde qui en était abondamment pourvu, pour parer à toute éventualité,

Mission bien remplie pour la France, merci Jacques.

2°- DERNIERE LETTRE de Jacques TROUSSEL :

Du Maquis « Antoine », 7 jours avant sa mort, écrite à sa Mère, Agent secret du Général de Gaulle.


Chère Maman,

 

Voila 4 ans que nous avons souffert ,loin l’un de l’autre; chacun de nous deux à suivi son chemin dans un sens différent, pour rejoindre le même carrefour, avec le même esprit idéaliste de nous battre pour revoir notre chère FRANCE Libre, et redevenir heureux dans notre belle province du Nord...

Tu n’aura s pas à rougir de ton fils, quel que soit le sort qui m’attend...

Maman chérie, si je t’écris cette lettre et si tu la lis un jour, c’est que je serai mort en me battant contre l’Allemand!

Si je t’écris... C’est pour te parler... de ma chère petite Fille Danielle, qui représente toute ma raison de vivre... Ce à quoi je tiens, Maman, c’est sur tes qualités de cœur pour l’accueillir... et la faire vivre le mieux possible dans mon souvenir...-44.

Maman chérie, ma dernière pensée sera pour vous tous, ainsi que pour mes petites sœurs.

Doux baisers. 

Ton Fils qui fait son devoir.

... Jacques.

Le 10 août 1.944 dans un coin de la Résistance Française.

Au Maquis « Antoine » à Villelongue Sauveterre d’Aveyron.

Le S/Lieutenant TROUSSEL du Groupe BORIE né le 16 juin 1.924, Tué puis massacré par les « Mongols » Vlassovs. au service des Allemands, au combat du Garric le 17 août 1.944. Mort pour la France.